En juillet 2000, lors du 13e Sommet mondial sur le sida, le premier à avoir lieu en Afrique, les enjeux étaient au nombre de trois: l’argent, l’ignorance et des sociétés nationales décapitées. Six ans plus tard, les discussions menées cette semaine à Toronto démontrent que, en dépit d’indéniables progrès, sur l’essentiel, rien n’a changé.

1) L’argent: Par rapport à 2000, les médicaments 25 fois moins coûteux ont fait leur chemin et ont permis de soigner des populations africaines qui, autrement, en auraient été privées. Mais les enjeux sont encore criants quand on sait sur près de 40 millions de personnes infectées, les deux tiers sont en Afrique. Et sur 4 millions de nouvelles personnes infectées l’an dernier, 90% étaient en Afrique!

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Par ailleurs, le prix de ces médicaments, même s’il est passé de 10 000$ à moins de 200$, reste tout de même l’équivalent d’un salaire annuel dans certains pays!

Conférence mondiale sur le sida 2004, Bangkok. Ceux qui ont accès aux médicaments: Pays pauvres: 7% des sidéens Pays riches: 95%

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2) L’ignorance: Par rapport à 2000, certains pays ont eu le courage d’informer adéquatement leurs populations. Mais ils sont l’exception plutôt que la règle. Même en Afrique du Sud, pays riche parmi les riches d’Afrique, les autorités ergotent toujours sur le lien entre le VIH (le virus) et le sida (la maladie).

Et par rapport à 2000, l’ignorance fait des ravages jusqu’en Europe et en Amérique du Nord. Là où il n’y a pas d’excuses pour être mal informé, des gens s’estiment désormais à l’abri, parce qu’ils ont compris, à tort, que le cocktail de trois médicaments –la trithérapie– pouvait guérir. Ce qui est faux: le virus est attaqué par la trithérapie, refoulé, mais pas détruit.

Enfin, selon l’Organisation mondiale de la santé, un quart des Canadiens et des Américains infectés ignoreraient qu’ils le sont.

Mais en soi, la complaisance des Nord-américains ou des Européens n’est pas chose nouvelle. En 2000, nous écrivions: dans les pays du Nord, on assiste à une recrudescence des comportements sexuels à risque, chez les jeunes et les homosexuels, y compris ceux porteurs du VIH. Grâce au succès des trithérapies, les Américains pensent tout simplement que l'épidémie est terminée. Un constat qui pourrait être repris mot pour mot aujourd’hui...

Conférence mondiale sur le sida, 2002, Barcelone. L’indolence des politiciens "Ceux qui ne prennent pas au sérieux la lutte contre le sida devraient être mis à la porte." C’est l’avertissement sans nuances qu’a lancé le directeur de l’agence des Nations Unies contre le sida (ONUSIDA) en ouverture du congrès.

Le message s’adresse en particulier à plusieurs chefs d’Etat africains, qui ont été ces dernières années d’une mollesse criminelle: refus de parler de sida, refus de mettre sur pied des mesures de prévention ou des campagnes d’information sur le port du condom, refus même d’admettre que le sida soit un problème chez eux –ce, dans des pays où jusqu’à une personne sur cinq, voire une sur quatre, est infectée par le virus VIH.

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3) Sociétés décapitées. Le terme " génération sacrifiée " que les jeunes du Nord emploient pour parler d’eux-mêmes, apparaît grossièrement déphasé, face à ce qui se prépare en Afrique : presque 9% des 15-49 ans sont infectés par le sida en Afrique sub-saharienne. Dans sept pays (Botswana, Lesotho, Namibie, Afrique du Sud, Swaziland, Zambie, Zimbabwe), la proportion atteint les 20%. Sur cinq garçons et filles de 15 ans, deux vont peut-être mourir du sida dans ces sept pays.

À terme, c'est toute une société qui va se retrouver décapitée d’une génération. Jamais le monde n'aura expérimenté un taux de mortalité de cette magnitude parmi les jeunes adultes des deux sexes, dans toutes les couches sociales

A lire aussi: Mort à l’Afrique (2001) En 2001, quelque 500 000 personnes ont eu accès aux traitements anti-sida dans les pays riches et seulement 30 000 en Afrique.

Congrès 2004, à Bangkok: Le sida raciste

Congrès 2002: Sida: agissez ou démissionnez

Lire aussi parmi les textes de cette semaine: Deux ans plus tard, le Canada n’a toujours pas envoyé de médicaments
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