En ce mardi de février —c’est l’été dans l’hémisphère Sud— je pars pour quatre jours à l’intérieur du pays avec trois chercheurs brésiliens, soit des spécialistes des phénomènes de dégradation de l’environnement, une situation s’apparentant à la désertification en Afrique.
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Car si, pour plusieurs, le Brésil est un territoire luxuriant dominé par la gigantesque forêt amazonienne, elle-même de plus en plus grignotée par l’agriculture, certaines régions du Brésil font face à de graves problèmes de sécheresse.
Et pourquoi se rendre à Belém de Sao Francisco, cette localité de 20 500 habitants? Aux dires des chercheurs que j’accompagne, il s’agit d’un lieu clé pour observer le phénomène et prélever différentes mesures de l’air et du sol. Et ramener des échantillons de terre : une vingtaine de sacs… des centaines de kilogrammes en prélèvements
Comme de grandes cicatrices dans le paysage En chemin, notre chauffeur doit constamment dépasser des camions de marchandise, et éviter d’innombrables animaux errants comme des vaches, des chevaux, des mulets et même de petits troupeaux de chèvres. La route est lisse et nouvellement refaite, mais les nombreux tournants demandent au conducteur de demeurer alerte. C’est que la végétation sur les côtés de la route ne permet pas de repérer les animaux qui y broutent. Et voici que sans s’annoncer, une bête sauvage décide de traverser, puis son petit frère fait de même, puis le cousin et l’ami de l’autre. Grâce à notre vigilant chauffeur, pas un seul accrochage. Photo : DSCN3245 / 2733 / 2758 Autres photos : 2887 / 2757
Au fil des kilomètres, la végétation subit des changements étonnants. Après les paysages urbains, on sillonne des montagnes et on passe sur des routes qui surplombent des vallées. « Ici, on cultive beaucoup d’ananas » me dit le géologue Fernando Mota Filho, en pointant les kiosques de vente placés en file indienne sur le bord de la voie.
Puis, la verdure et les commerçants se font plus rares. Plus on avance à l’intérieur du continent, plus on se retrouve devant des étendues assez planes, remplies d’arbustes épineux, d’arbres rachitiques et de hardes de cactus. Après avoir été épatée par la luxuriante forêt pluviale de l’Atlantique, appelée Mata Atlantica, il s’agit d’un bien triste spectacle. Un tout autre Brésil. Photo DSCN3000 : l’érosion fait des ravages.
Sur le sol, un tapis de sable et de roches, « surtout du quartz » précise le professeur. Quelques brins d’herbes ont tenté de soutirer quelques gouttelettes d’eau du sol; leur couleur paille montre qu’ils n’ont pas très bien réussi. Et fait étrange : de profondes crevasses marquent le territoire, comme une cicatrice en plein centre du visage. Photo : DSCN2742
Quand la terre devient inhospitalière
Un arrêt improvisé sur le bord de la BR-316, dans la municipalité de Floresta, à seulement quelques kilomètres de Belém, notre destination, nous permet de constater la gravité de la situation : « pendant la première phase, on rase toute la végétation pour vendre le bois ou pour cultiver la terre. Puis, peu à peu, le sol argileux s’érode, n’ayant plus de racines pour maintenir en place les différents sédiments », explique le géologue dans un français hésitant. « On voit ensuite apparaître des craques dans le sol, comparables à celles qu’on retrouve dans un désert. Ces dernières seront creusées par la pluie, devenant de plus en plus visibles après chaque précipitation, jusqu’à former un fossé. Là par exemple, il y a cinq ans à peine, le canal d’érosion était beaucoup moins profond », d’expliquer le chercheur d’une soixantaine d’années. Photo : DSCN2741 (le professeur Fernando Mota Filho, le chercheur Fernando Ribeira et notre chauffeur) / DSCN2749 / DSCN2751Le problème s’apparente à la désertification que connaît le continent africain, mais avec des différences : « on a remarqué, poursuit-il, une hausse des précipitations au cours des dernières années. On pourrait penser que ces pluies plus denses ont permis de freiner la sécheresse, mais c’est plutôt venu aggraver la situation. Davantage de pluie en une courte période accroît l’érosion; l’eau vient alors drainer tous les minéraux. La terre, complètement lavée, s’appauvrit, rendant toute forme de culture extrêmement difficile. » Photo : DSCN2776
Un autre processus désastreux : la salinisation des sols. « À 20 cm en-dessous de la surface, c’est déjà le roc », lance le géologue. La terre se réchauffe donc rapidement. Quand la température s’élève, le sol argileux n’arrive pas à garder l’eau. Celle-ci s’évapore en apportant le sel à la surface. « La présence de sel est notable par des zones blanchâtres sur le sol; c’est mauvais pour les cultures, car ça vient brûler les racines des plantes. Les plantations deviennent de moins en moins productives, puis sont abandonnées. » Photo : DSCN2977
Sur une petite route de terre, on croise un terrain de soccer (futebol comme on dit en portugais). « Auparavant, cet espace était réservé à l’agriculture. Même en laissant la terre en jachère, le temps n’a pas amélioré les choses. Voyez comme rien ne pousse », dit le professeur, une note d’amertume dans la voix. Mère Nature a perdu sa fertilité, puis l’Homme s’en est allé. Photo : DSCN2911
Éduquer un jour, éduquer toujours
Il est convaincu que la solution réside dans l’éducation. « Par exemple, on peut construire des barrages ou des digues, ou bien creuser des canaux horizontaux à différentes hauteurs dans une pente pour ralentir le débit des eaux. »Les agriculteurs doivent également connaître davantage les richesses que renferme le sol. « Quand les roches sédimentaires en viennent à se décomposer, les fragments enrichissent la terre. Les sections noires sont très riches en nutriments; c’est excellent pour les cultures. Mais il faut laisser le temps faire les choses! » Et laisser aux chercheurs le temps de poursuivre leurs recherches, dans l’espoir qu’ils trouvent des solutions. Photo : DSCN2794
Dans un prochain article : Des scientifiques en quête de solutions
L'Amazonie où le béton règne en maître La ville aux ruisseaux empoisonnés
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