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Vous pensiez que le LHC, ce méga-accélérateur de particules en Suisse, était là pour étudier la physique? Surprise, il est aussi le théâtre d’une recherche... sociologique!

« Je suis ici pour étudier le langage, les tabous et les rituels de cette communauté exotique », se plaît à expliquer l’étudiante en anthropologie Arpita Roy. La communauté exotique dont elle parle n’étant pas celle des bosons de Higgs, mais de 10 000 physiciens qui, à travers le monde, participent aux expériences du LHC (Large Hadron Collider), dont 2250 sont employés par le CERN (Centre européen de recherche nucléaire).

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Si Arpita Roy, de l’Université de Californie, « campe » au CERN depuis 2007, il y a même une sociologue allemande qui suit les collaborateurs du CERN depuis 30 ans! « À cette époque, explique Karin Knorr Cetina dans Nature, une équipe de 100 personnes, c’était considéré gros. »

Et comment les physiciens considèrent-ils les sociologues? « Un cousin un peu pauvre », ironise Cetina.

Donc, que découvre-t-on quand on « s’immerge dans leur culture »? Premier constat : une hiérarchie souple. Pas de processus décisionnel allant du haut vers le bas. Une des raisons est qu’il y a trop de groupes hyper-spécialisés travaillant sur différentes parties de la machine. Mais la politique est aussi en cause : le CERN fut installé à la frontière franco-suisses en 1954, dans un contexte où l’on tentait d’unir une Europe qui avait été déchirée par la Deuxième guerre mondiale. « C’est un lieu pour la collaboration internationale, où la science existe au-delà des politiques nationales », résume dans Nature le directeur de la recherche au CERN, Sergio Bertolucci.

Or, comment une observatrice des sciences sociales définit-elle semblable structure sociale? « Une commune »! Là où les physiciens « quittent leurs maisons et abandonnent leur individualité pour travailler pour le bien commun »! Le LHC, dont la facture finale est généralement estimée à 10 milliards$, est bien la commune la plus chère du monde...

Et l’aspect communal s’étend jusqu’à la politique des signatures, résume Nature :

Tous les articles contenant des résultats expérimentaux doivent énumérer les noms de chaque membre des groupes collaborant, alphabétiquement et par pays, ce qui donne peu d’indices sur les vrais précurseurs du travail. « Cela ne pourrait jamais se produire en biologie, où les disputes les plus intenses sont à propos des publications, et où les réputations sontn établies par vos réputations ».

Ça entraîne en retour des tensions inédites pour la communication : en physique comme ailleurs, un nombre croissant de gens se mettent à bloguer. Que se passera-t-il à mesure qu’ils deviendront plus nombreux à assumer ainsi leur individualité? Déjà, une « philosophe de la physique » à l’Université de Wuppertal, en Allemagne, s'est posée la question et a formé une équipe pour suivre l’évolution de ce phénomène : une équipe de 20 historiens, philosophes et sociologues —une très grosse équipe, pour les sciences sociales, rigole Arianna Borrelli.

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