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Un rapport annuel sur l’état du climat paru cette semaine a apporté de nouveaux chiffres  sur le « déséquilibre énergétique » de notre planète. Ce faisant, les auteurs ont dû utiliser une unité de mesure dont le gigantisme explique qu’elle ne soit pas souvent utilisée: les zettajoules.

Un joule est une notion héritée des débuts de la Révolution industrielle: c’est l’unité de base de l’énergie. Plus spécifiquement, c'est l’effort requis pour produire un watt pendant une seconde.

Un zettajoule est un milliard de 1000 milliards de joules. Ou le chiffre 1 suivi de 21 zéros. 

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Or, selon le rapport State of the Global Climate, parue le 23 mars, le taux de réchauffement océanique des deux dernières décennies (2005-2025), atteint entre 11 et 12,2 zettajoules par année. C’est plus de deux fois supérieur au taux observé pendant la période 1960-2005. Et c’est l’exemple le plus frappant du « déséquilibre énergétique ». 

Explication. La notion de « déséquilibre énergétique » réfère à la vitesse à laquelle l’énergie « entre » et « sort » d’un système —en l’occurrence, la Terre. Dans un climat stable, la quantité d’énergie solaire entrante est à peu près égale à la quantité d’énergie sortante. 

Mais à cause de l’effet de serre, la Terre absorbe beaucoup plus de chaleur, et ce déséquilibre s'est accentué au cours des 20 dernières années, pour atteindre un nouveau record en 2025, mesuré en zettajoules. Les événements météorologiques extrêmes en sont une des conséquences. 

Environ 90% de cet excès de chaleur est absorbé par les océans, ce qui est une chance pour nous, sans quoi la température moyenne aurait augmenté de beaucoup plus qu’un seul degré Celsius et demi depuis un siècle. Mais les océans approchent probablement de leur limite: depuis 20 ans, ils absorbent chaque année l'équivalent d'environ 18 fois la consommation énergétique annuelle de l’humanité.

Le rapport est publié chaque année par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). C’est la première fois qu’il intègre la notion de déséquilibre énergétique

L’OMM rappelle également que le réchauffement océanique entraîne aussi la dégradation des écosystèmes marins et une perte de biodiversité. Il alimente les tempêtes tropicales et accentue la fonte des glaces.

Métaphores et zettajoules

Mais parce que quelque chose qui se mesure en zettajoules reste malgré tout une notion abstraite, différents auteurs ont utilisé au fil des ans différentes métaphores.

Ainsi, l’auteur principal du rapport de l’OMM, le physicien britannique John Kennedy, compare le « déséquilibre de 2025 dans les océans » à 39 fois l’énergie totale utilisée par les humains sur l’ensemble de la planète. Son collègue John Abraham, en 2020, avait comparé cette « quantité d’énergie que nous mettons dans les océans » à cinq fois la bombe atomique d’Hiroshima à chaque seconde. L’évolution des chiffres depuis 2020 suggère qu’on serait à présent à plus de 10 fois cette bombe atomique, à chaque seconde. Enfin, l’Académie chinoise des sciences avait comparé cela, en 2023, à des piscines olympiques: 15 zettajoules sont l’équivalent de faire bouillir 2,3 milliards de piscines olympiques. 

James Prescott Joule (1818-1899), le physicien britannique qui a donné son nom à cette unité de mesure, n’aurait sans doute pas imaginé qu’elle se calculerait un jour à coups de 1 suivi de 21 zéros. Et pourtant, c’est à lui qu’on doit la première loi de la thermodynamique, celle qui dit que l’énergie ne se perd ni ne se crée, elle peut seulement être transférée ou convertie en autre chose. Un principe qui est à la base de toutes les explications sur le réchauffement climatique en cours...

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