Depuis un mois, je dévore les journaux de la Grande Guerre. C’est dans un buraliste de Narbonne que j’ai trouvé le premier numéro de la série Les journaux de guerre avec un jeune vendeur de journaux à la criée en illustration.

Quelle belle idée: avoir dans les mains les copies exactes des journaux annonçant la 1ère Guerre Mondiale et ses évènements. Avec leur papier jaunâtre et bruyant, nous sommes bien loin des éditions de la Presse+!

Il s’agit des anciens journaux des quatre coins de la France – un véritable tour de France historique – portant des traces d’usure et du temps : Le Petit Parisien, L’Ouest-Éclair, le Phare de la Loire, le Petit Marseillais, L’Est Républicain mais aussi le Bonnet Rouge (socialiste), le Gaulois (conservateur) ou encore l’Action française (nationaliste).

Pendant 52 semaines, les éditions hebdomadaires de trois journaux d’époque tiendront en haleine les curieux d’histoire, des guerres et des médias. Avec chaque numéro, un document d’époque vient donner le ton sur l’atmosphère qui régnait alors –«L’ordre de mobilisation générale en France», daté du 2 août complète la première édition.

Les journaux d’époque s’accompagnent de repères historiques destinés à expliquer le conflit et d’exergues aidant le lecteur à comprendre les évènements qui lui sont relatés –«Aux origines de la guerre», «Les rivalités coloniales», «La logique des alliances», etc. – mais aussi le quotidien du temps de guerre que l’on soit les pieds dans la gadoue des tranchées ou à faire la ligne pour du ravitaillement.

Cette publication indépendante est réalisée en collaboration avec le Centre d’étude et de documentation Guerre et Sociétés contemporaines (CEGES), cette institution fédérale fait de la recherche concernant les guerres et conflits au vingtième siècle.

À noter, une édition belge vise également le public de la Belgique –je me prends à songer à d'autres séries possibles : britannique, canadienne ou même allemande !

Dernières nouvelles d’un «vieux» conflit

Ces véritables journaux, quoique vieux d’un siècle, annoncent que: «La Guerre est déclarée», «Jaurès assassiné» ou encore «L’Agitation contre la Guerre». Ils relatent le récit des grandes batailles, comme celles de la Marne, de Verdun ou de la Somme et aussi les messages du président de la République de l’époque, Raymond Poincaré, au peuple français.

Les nouvelles de la guerre prennent corps à travers les dépêches les annonces et les petits billets où l’on peut apprendre que «les ouvriers boulangers de Paris sont mis en sursis d’appel de 45 jours par décision du ministre de la Guerre» ou encore que «dans plusieurs village d’Alsace, les habitants ont reçu à coups de fourche les Allemands chargés de les réquisitionner»!

La romance patriotique «L’Âme de l’Alsace-Lorraine» –paroles de G. Notiov sur une musique de E. Perroud– rappelle qu’à cette époque les journaux jouaient beaucoup sur la fibre patriotique de leurs lecteurs au risque de chuter dans l’endoctrinement, sans compter que le comité de la censure n’était alors jamais bien loin. Peu présent dans les premières éditions, il viendra pourtant poser ses croix rouges sur les lignes divergentes de certains journalistes. C’est ça aussi les journaux en temps de guerre!