Le corps d’un homme — c’est toujours un homme — repêché dans les eaux de la rivière Nidelva : une affaire classique pour la police de Trondheim.

Ce sont des histoires de disparitions sordides qui ont le décor d’un polar scandinave, mais dont l’intrigue est trop prévisible : des histoires qui commencent souvent autour de Fjordgata, où pubs et discothèques fleurissent dans les brygger, ces anciens entrepôts à pignons donnant sur la rivière Nidelva et son canal, et qui confèrent son pittoresque à la ville.

Fjordgata, c’est aussi la rue où convergent ceux décidés à festoyer après l’heure de fermeture des bars, à deux heures trente très précises. Des chorales bruyantes s’élèvent, des bagarres fusent d’une foule abreuvée : en bonne partie des jeunes plus ou moins majeurs et d’autres, dont certains parmi les derniers Vikings. Tous les dimanches matins flasques et canettes jonchent les abords du canal, et quelquefois quelqu’un manque à l’appel.

Le disparu est un client sorti ou expulsé d’un bar, ou c’est un mineur, contraint à fêter dehors. On le retrouvera quelques jours plus tard dans les eaux du fjord, peut-être la braguette ouverte : pour la police, c’est souvent l’histoire d’un individu intoxiqué qui aura été vu vivant pour la dernière fois allant vers le canal et que personne n’aura vu choisir un endroit discret sur le bord, ouvrir sa braguette, jauger sa mire, et, le tronc devenu trop penché vers l’avant, perdre l’équilibre.

Pour retrouver le corps dans sa dérive vers le confluent du fjord, les secouristes recourent à des mannequins de poids et tailles similaires à la victime qu’ils soumettent aux conditions de courants et marées qui prévalaient au moment estimé de la disparition.

Selon les responsables de la sécurité publique, il faut se  méfier partout de La Nidelva, qui prend sa source dans le lac Selbusjøen et serpente une vingtaine de kilomètres avant de rejoindre le centre-ville et de se jeter dans le fjord : ses eaux, dont le niveau peut varier d’un jour à l’autre, y sont très froides et le courant est irrésistible.

Installer des caméras thermiques

Parmi les solutions envisagées pour prévenir de tels accidents, une compagnie de sécurité (Securitas), de concert avec les autorités portuaires, propose d’installer des caméras thermiques sur une distance de 130 mètres le long du quai dans la zone de Fjordgata. En enregistrant les ondes de chaleur émise par les corps, ces caméras — dont les images préservent l’anonymat — permettent de mieux distinguer dans l’obscurité un corps chaud plongé dans la masse froide des eaux.

Le projet pilote, une première en Norvège, prévoit aussi l’installation de haut-parleurs qui seraient reliés à une centrale où des agents pourraient intervenir en interpellant directement d’éventuels fêtards imprudents.

C’est la disparition, peu avant les fêtes, d’un jeune de 18 ans qui a relancé la discussion sur la sécurité au bord de la Nidelva et a motivé la mise en route de ce projet (même si cet accident particulier n’a pas eu lieu à Fjordgata). Depuis janvier 2016, les secouristes comptent une trentaine de sauvetages — ou de tentatives de sauvetage dans la Nidelva, dont une bonne part concerne les malheureux noceurs de Fjordgata.