Mauvais pronostic. Le docteur annonce : « Métastases ». Le cancer a progressé. Les cellules cancéreuses se sont échappées de la tumeur principale, et ont colonisé d’autres organes. D’après une étude publiée la semaine dernière dans la revue Nature Nanotechnology, la progression de la maladie serait accélérée par la présence de nanoparticules dans les tumeurs. Oui, les mêmes nanoparticules que celles qu’on injecte pour traiter la maladie… ou celles qui composent votre dentifrice!

Aurélie Lacroix

 

Les nanoparticules côtoient l’infiniment petit : elles mesurent 1/5000e de l’épaisseur d’un cheveu. Les équipes du Dr Ho et Dr Leong, de la National University of Singapore (NUS), ont découvert que ces particules exercent une pression sur les vaisseaux sanguins, en particulier autour des tissus cancéreux. Malgré leur petite taille, la force est suffisante pour perforer les vaisseaux. Ils deviennent poreux. Les trous formés laissent les cellules cancéreuses s’échapper dans le sang. La tumeur s’évade, migre et se développe dans d’autres parties du corps : c’est l’apparition des métastases. Les cancers avec métastases, dits de stade IV, causent 90 % des décès liés à cette maladie.

 

Des nanoparticules-médicaments qui aggravent la maladie

Une tumeur est un amas de cellules qui cause un dysfonctionnement dans un organe. De nombreux chercheurs développent des nanoparticules-médicaments dans le but d’éliminer les tumeurs. Une fois injectées, ces particules vont trouver les cellules malades dans le corps et détruire la tumeur mère. Depuis quelques années, la nanomédecine explose et fait la une des journaux! En étudiant les effets à long terme de ces nanoparticules dans le corps, l’équipe singapourienne apporte de nouvelles informations qui perturbent cette révolution thérapeutique. Les chercheurs ont mesuré cinq fois plus de cellules cancéreuses circulant dans le sang chez les souris injectées avec des nanoparticules. Ces cellules, qui marquent une première étape vers les métastases, apparaissent aussi beaucoup plus rapidement. En administrant les particules-médicament, on accélère de façon « non intentionnelle et ironique » l’apparition de métastases, indiquent les auteurs. Cette découverte importune va sans doute freiner la mise sur le marché des nanoparticules-médicaments.

 

Des nanoparticules présentes au quotidien

Les chercheurs ont étudié seulement des particules métalliques faites par exemple d’or, d’argent ou de dioxyde de titane. Elles ne représentent qu’une partie des nanoparticules testées par la recherche pharmaceutique. Il reste à déterminer si les autres particules en cours de développement produiront le même effet. Cependant, les auteurs rappellent que ces particules métalliques sont omniprésentes dans notre quotidien : peintures, produits cosmétiques ou nourriture. On les respire et les ingère sans s’en rendre compte. Elles peuvent ainsi se retrouver dans nos cellules. Cette quantité de nanoparticules absorbées, même faible, pourrait à elle seule « accélérer la progression de cancers », explique le Dr Leong.

 

De nouveaux défis!

Des nanoparticules qui guérissent, ou qui aggravent la maladie? Voilà maintenant une question et un défi de plus pour les chercheurs du XXIe siècle! Les auteurs de l’article mettent en garde la communauté scientifique : ne pas se limiter à l’étude de la disparition de la tumeur mère et mettre en place des expériences sur le long terme, pour étudier l’apparition de métastases.

Même pour des objets infiniment petits, les défis restent donc de taille!