Les chercheuses sont-elles désavantagées face à leurs collègues masculins ? C’est ce que porte à croire une étude publiée dans Lancet, dont l’auteure a analysé l’attribution de subventions par un organisme canadien entre 2011 et 2016.

— Kim Tardif

En se basant sur les données des Instituts de Recherche en Santé du Canada (IRSC), la chercheuse Holly Witteman, du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, a constaté une disparité flagrante entre la proportion de subventions accordées aux femmes et aux hommes. Elle a profité d’un changement dans la façon d’attribuer les subventions, survenu en 2014, pour mener son étude en analysant les données des IRSC.

C’est dans un nouveau programme, mis en place en 2014 et nommé Fondation, que la chercheuse a observé une différence marquée entre les hommes et les femmes. Dans l’ensemble des programmes, le taux de succès moyen, peu importe le sexe, était de 15,8 %. C’est-à-dire qu’environ un appliquant sur six obtenait le financement demandé. De plus, elle a noté un écart de 0,9 % en faveur des hommes dans l’ancien système et dans le programme Projet, qui se concentrent sur le contenu. Pour le programme Fondation, axé sur la performance de l’individu, cet écart monte à près de 4 %, les hommes obtenant une subvention dans 12,7 % des cas et les femmes dans 8,8 %.

Comment expliquer ce changement ? De 2011 à 2014, les IRSC attribuaient les subventions en fonction d’une analyse portant majoritairement sur la qualité du projet soumis. À compter de 2014, cet organisme subventionnaire lié au gouvernement fédéral a mis en place deux programmes d’attribution : les subventions Projet et les subventions Fondation. À l’instar du processus d’attribution antérieur, l’analyse des dossiers dans le programme Projet se base majoritairement sur le projet de recherche proposé (75 %) et minoritairement sur l’expérience, l’expertise et les ressource de l’appliquant (25 %). À l’opposé, les évaluateurs du programme Fondation analysent principalement le chercheur, notamment son leadership, sa productivité et ses contributions à la recherche (75 %). Les chercheurs dont le dossier est retenu à cette étape voient ensuite leur proposition de projet évaluée.

Selon Witteman, plusieurs facteurs peuvent être à la source de cet écart, notamment une réelle contreperformance des femmes, un biais personnel de la part des évaluateurs, qu’il soit conscient ou non, ou encore un biais systématique dans le design du programme.