Parcourant les savants ouvrages sur la physiologie humaine, on peut avoir l’impression que l’on connaît dans le détail toutes les fines régulations de notre organisme. Mais il arrive que cette impression de « fin de l’histoire » soit ébranlée par une découverte non pas d’un détail à l’une de ces régulations complexes, mais bien par un nouveau mécanisme relativement indépendant de tous ceux que l’on connaissait jusqu’alors. C’est la réaction de surprise que j’ai eue quand on m’a signalé l’article « Votre réaction aux dangers passe par votre squelette » sur le site web de Radio-Canada. Bon, encore un titre un tantinet sensationnaliste, me suis-je dit en pensant qu’il s’agissait d’un ajout sans doute mineur à l’axe hypothalamo-hypophysio-surrénalien bien connu pour activer la réponse de fuite ou de lutte devant un danger imminent. Mais il semblerait que non. L’article original publié dans Cell Metabolism le 12 septembre dernier a un titre tout aussi affirmatif : « Mediation of the Acute Stress Response by the Skeleton”. Qu’en est-il au juste ? (je vous résume rapidement l’article avant de vous faire deux annonces d’événements qui pourraient vous intéresser)

Il semblerait donc qu’une hormone produite par des cellules des os de notre squelette, l’ostéocalcine, est capable d’initier à elle seule les changements physiologiques associés à un stress aigu (augmentation de la fréquence cardiaque, du rythme respiratoire, de la pression sanguine, etc). Et elle le ferait en quelques minutes.

Or ces changements, comme je le mentionnais plus haut, on les associe depuis toujours à l’action d’hormones comme l’adrénaline sécrétées par nos glandes surrénales suite à la sécrétion d’une autre hormone (l’ACTH) par l’hypophyse (elle-même stimulée par une hormone sécrétée par l’hypothalamus (le CRH). Cette dernière région cérébrale recevant évidemment d’autres régions du cerveau des signaux lui indiquant la perception d’un danger potentiel.

La sécrétion d’ostéocalcine serait pour sa part déclenchée par une autre région cérébrale très en lien avec le reste du corps, l’amygdale. Cette dernière serait à l’origine d’un signal qui amène les ostéoblastes, certaines cellules des os, à relâcher de l’ostéocalcine dans la circulation sanguine. Celle-ci va alors inhiber le système nerveux autonome parasympathique (celui favorisant le repos et la digestion), laissant toute la place à son opposé, le système nerveux sympathique responsable de la réponse de lutte ou de fuite devant une menace. Et comme ce système nerveux sympathique est pour ainsi dire la « première ligne » de la réponse « fight or flight » (il innerve par exemple directement les glandes surrénales), pas étonnant qu’en en favorisant l’action, l’ostéocalcine a un effet très rapide dans tout le corps.

À partir de là, c’est donc un vaste spectre de phénomènes physiologiques qui se trouvent favorisés incluant le métabolisme en général et la même la mémoire (bien retenir les circonstances d’une agression pour ne plus s’y retrouver étant fort adaptatif). Et ce qui va grandement dans le sens de cette hypothèse, c’est que les rongeurs chez qui on fait l’ablation des glandes surrénales, tout comme les humains qui ont une insuffisance surrénalienne, ont quand même cette réaction typique devant un stress aigu. Il doit donc y avoir d’autres voies (et ce ne serait pas la première fois qu’on découvre une redondance dans les systèmes de signalisation de notre organisme) qui produisent cette réponse. Gerard Karsenty, impliqué dans cette étude, pense que c’est ce que fait l’ostéocalcine depuis l’avènement des premiers vertébrés avec un système squelettique. Les os nous permettant de bouger, ils nous permettraient également de bouger plus vite quand il le faut. Il y a une certaine logique évolutive dans cette histoire !

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Première annonce : si vous êtes à Montréal ce vendredi 27 septembre.
Il y a bien sûr la grande manifestation pour le climat qui débute à midi au parc Jeanne-Mance, mais il y a aussi en soirée le lancement de la 10e année de l’UPop Montréal, une université gratuite qui offre des cours dans les bars et les cafés. J’y ai déjà donné des cours et je fais partie du collectif de bénévoles derrière cette initiative qui a tout à voir avec la manif de l’après-midi puisqu’on met toujours de l’avant à l’UPop le développement de l’esprit critique et des alternatives au système économique productiviste ambiant. Et en plus, on aura la fameuse fanfare Pourpour qui viendra clore la soirée dans une ambiance chaleureuse et festive ! Tous les détails sur notre site web ou sur l’événement Facebook de la soirée. (p.s. : et si vous voulez tout savoir, j’y présenterai le cours sur le cerveau que j’offrirai cette année et dont je vous reparlerai la semaine prochaine !)

Deuxième annonce : si vous êtes à Paris du 17 au 19 octobre prochain.
Hélène Trocme-Fabre m’écrit pour me signaler que Joëlle Aden co-organise le colloque « Empathie et bienveillance au cœur des apprentissages » à l’Université Paris-Est Créteil. Je vous copie le début de l’intro de leur site web :

« L’empathie et la bienveillance constituent aujourd’hui des objectifs éducatifs socialement et institutionnellement assumés. Ces notions sont inhérentes à la relation éducative et concernent donc aussi bien les apprenants que les enseignants, les éducateurs, les équipes de direction, les familles, etc. Leur mise en œuvre pédagogique requiert dès lors une réflexion éthique, épistémologique et pose de nouveaux défis didactiques.
Dans ce colloque, nous souhaitons nous questionner sur les cadres théoriques transdisciplinaires qui informent ces notions ainsi que sur leur mise en œuvre pédagogique de la maternelle à l’université, tant dans les pratiques de classe que dans la formation des enseignants. »