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Les nouvelles sur le front climatique sont rarement réjouissantes. S’il est certain que de nouveaux records de température et d'autres extrêmes climatiques seront battus en 2026, en parallèle, des tendances lourdes, aux frontières de la science et du politique, seront peut-être en émergence.

1) Réduction des gaz à effet de serre en Chine

C’est le moment symbolique que les plus optimistes espéraient en 2025: le moment où, pour la première fois, les émissions chinoises de gaz à effet de serre auront diminué. Les signaux sont là: entre le début de 2024 et la fin de 2025, les émissions ont cessé d’augmenter. Il est même possible qu’elles aient tout doucement commencé à diminuer dans la deuxième moitié de 2025: les données devraient être bientôt disponibles.  

Le fait que la Chine n’ait eu de cesse, depuis 2023, d’ajouter quantité d’énergie à ses réseaux électriques grâce à l’éolien et au solaire, serait évidemment le premier facteur derrière cette étape symbolique. 

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Pendant ce temps, à l’échelle mondiale, la croissance des émissions en 2025 pourrait être de 1,1%, pour atteindre un record de 38,1 milliards de tonnes de CO2, selon un rapport annuel appelé le Global Carbon Budget, publié en novembre. C’est une plus faible croissance que dans la décennie précédente, mais le « pic pétrolier » n’est pas encore atteint. 

2) Migrations climatiques

On est donc encore loin de pouvoir parler d’une réduction des dégâts annuels causés par les canicules, les sécheresses et les événements météorologiques extrêmes. Ce qui signifie que 2026 pourrait voir une croissance des réfugiés climatiques, et pas seulement dans les pays les plus pauvres: aux États-Unis, dès 2005, des centaines de milliers de personnes avaient quitté la Nouvelle-Orléans à cause de l’ouragan Katrina.  

Ces gens peuvent être temporairement déplacés, en attendant une reconstruction, mais dans la plupart des cas, ils partent pour de bon, et ils grossissent le flot des réfugiés qui quittent leur pays à cause d’une guerre ou d’une crise économique: c’est ainsi qu’on a vu des gens quitter l’Amérique centrale pour tenter leur chance aux États-Unis, ou d’autres quitter l’Afrique subsaharienne pour tenter leur chance dans les pays voisins ou en Europe —avec, à l’autre bout de la route, des politiques de plus en plus hostiles aux migrants. 

En 2015, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés comptait 16,1 millions de réfugiés à travers le monde. À la fin de 2025, 30,5 millions

3) Poursuites climatiques

La première poursuite en justice associée aux changements climatiques remonte à 1986, à Los Angeles. Depuis, plus de 3000 ont été déposées dans 60 pays (dont près de 2000 aux États-Unis), selon un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement intitulé Climate Change in the Courtroom: Trends, Impacts and Emerging Lessons. Le plus gros de ces litiges a eu lieu depuis la deuxième moitié des années 2010; en 2024, plus de 200 nouvelles poursuites ont été déposées, selon la dernière édition du rapport. Ces poursuites ont lieu contre des gouvernements, nationaux ou locaux, contre des compagnies pétrolières et gazières et aussi, parfois, contre des compagnies de transport. 

Deux récentes tendances seront à surveiller en 2026: l’une, de plus en plus de ces poursuites proviennent de pays du Sud, qui se trouvent à être ceux qui subissent le plus gros impact des changements climatiques.

L’autre, que même si la grande majorité de ces poursuites ont été rejetées par les tribunaux —souvent parce qu’aucune loi ne permettait d’attribuer telle responsabilité à telle compagnie— les quelques victoires servent aux avocats à mieux cibler leurs attaques. Par exemple, en mai 2025, un tribunal allemand a rejeté la poursuite d’un fermier péruvien contre la compagnie d’énergie allemande RWE, mais a reconnu que la compagnie pouvait être tenue responsable de ses émissions de gaz à effet de serre, ce qui ouvre la porte à d’autres poursuites. En juillet, la Cour internationale de justice —une instance des Nations unies— a pour la première fois publié un avis stipulant qu’il pourrait désormais être considéré comme illégal, en vertu du droit international, qu’un État n’honore pas ses promesses de réduction des gaz à effet de serre: si ces manquements nuisent à un autre pays, cela pourrait ouvrir la porte à des dommages financiers. Bien que ce ne soit qu’un « avis consultatif », de nombreux juristes l’ont qualifié « d’étape majeure » dans l’évolution du droit international

4) Des réductions des émissions malgré tout aux États-Unis?

En dépit de tout le discours anti-climat entretenu à Washington, il faudra garder un oeil sur les percées ailleurs aux États-Unis. Par exemple, en janvier 2025, New York était devenue la première ville de ce pays à lancer un péage urbain. Outre les revenus neufs pour la municipalité, une recherche préliminaire de l’Université Cornell évoque déjà une amélioration de la qualité de l’air.  

En décembre 2025, dans l’État de l’Illinois (qui inclut Chicago), un investissement public de 1,5 milliard$ a été annoncé pour moderniser les transports en commun. Et en Californie, les compagnies dont les revenus annuels dépassent le milliard de dollars ont désormais, en vertu d’une loi de 2023, une obligation de transparence quant à leurs émissions et leur gestion du risque climatique.

Quoi qu’en dise le président Donald Trump, une majorité d’Américains est favorable à des actions contre les changements climatiques, et de telles initiatives bénéficient généralement d’un soutien populaire bipartisan. Or, en décembre 2024, une analyse d’un groupe de l’Université du Maryland estimait que les différentes instances politiques locales des États-Unis —à condition d’avoir une stratégie concertée— pourraient réduire, sans l’aide de leur gouvernement fédéral, leurs émissions de gaz à effet de serre de près de 60% d’ici 2035. 

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