Chez les détracteurs de l’éolien et du solaire, il s’agit d’une critique récurrente : ces énergies seraient inefficaces et trop coûteuses. Or, l’argument est dépassé depuis un bout de temps, analyse le Détecteur de rumeurs.
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Le contexte
Donald Trump l’a répété devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 23 septembre 2025 : les énergies renouvelables seraient « une blague », « ne fonctionnent pas » et seraient « trop coûteuses ». Cet argument réapparaît régulièrement sur les réseaux sociaux : une recherche avec les mots-clefs « éoliennes » et « trop coûteuses » ou « trop chères » fait régulièrement apparaître des commentaires d’influenceurs politiques connus pour leurs positions climatosceptiques.

Ce qui est certain
En fait, ces énergies sont désormais « presque toujours » les moins coûteuses pour produire de l’électricité. On retrouve ces mots dans un rapport du bureau du Secrétaire général des Nations unies paru en juillet 2025, rapport qui consiste en une synthèse de données fournies par diverses agences des Nations unies, ainsi que par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), l’Agence internationale de l’énergie et la firme britannique de consultants Ember.
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En 2024, les trois sources d’énergie les moins coûteuses, en moyenne, à l’échelle mondiale, étaient les éoliennes, les panneaux solaires et l’hydro-électricité, selon le dernier rapport annuel de l’IRENA. On y lit que, pour produire la même quantité d’électricité, en 2024, l’éolien était en moyenne 53% moins cher que les moins coûteux des carburants fossiles, et que le solaire était 41% moins cher. La méthode de calcul s’appelle le coût actualisé de l’énergie (levelized cost of electricity, ou LCOE). C’est une mesure du coût actuel moyen de production d’électricité, calculé sur toute la durée de vie d’une génératrice. Ces chiffres sont notamment utilisés par les investisseurs qui veulent prévoir à long terme où placer leur argent.
Ce qui est incertain
Il est difficile de mettre une date sur le moment où le coût des renouvelables est devenu moins élevé que celui des carburants fossiles, parce que le LCOE varie d’un pays à l’autre en fonction d’événements qui n’ont souvent rien à voir avec l’évolution technologique : la guerre en Ukraine, par exemple, a poussé les prix du gaz naturel vers le haut.
Mais la tendance à la baisse dure depuis au moins 15 ans. Le coût du solaire a ainsi rejoint celui des carburants fossiles vers 2017 en France, et vers 2021 au Canada et aux États-Unis, selon les tableaux ci-dessous, extraits du dernier rapport des Nations unies (page 9). Le coût des renouvelables, lit-on par ailleurs dans le rapport de l’IRENA, a diminué de façon « spectaculaire » depuis 2010 (date des premières données sur la question), « grâce à des améliorations technologiques, à des chaînes d’approvisionnement compétitives et à des économies d’échelle ». En particulier, « 91% des nouveaux projets d’énergies renouvelables décidés en 2024 étaient plus rentables » que tous les projets liés aux carburants fossiles.

Légende: Les pointillés verticaux marquent les années où les coûts (LCOE) de l’éolien (en bleu) ou du solaire (en vert) ont croisé ceux des fossiles. Source des données: IRENA
Une tendance qui se poursuit?
À l’échelle de la planète, 40% de la production d’électricité en 2024 provenait des renouvelables, selon l’Agence internationale de l’énergie (elle inclut le nucléaire dans cette catégorie). Les trois quarts de la croissance de la production d’électricité cette année-là provenaient des renouvelables.
C’est à la Chine qu’on doit une bonne partie de cette croissance. Déjà, à la fin de 2024, 60% de la croissance des énergies renouvelables provenait de ce pays, estimait alors l’Agence internationale de l’énergie. Mais même les États-Unis y contribuaient, du moins avant le retour de Trump : au cours des cinq dernières années, plus d’un demi-million d’emplois ont été ajoutés dans le secteur des énergies renouvelables, surpassant ceux créés dans le secteur des énergies fossiles, selon le plus récent rapport annuel Clean Jobs America publié par le groupe environnemental E2.
La revue américaine Science, qui choisit traditionnellement en décembre une découverte scientifique ou une innovation à titre de « percée de l’année », a plutôt choisi cette fois « la croissance apparemment impossible à arrêter de l’énergie renouvelable ». Et la Chine cherche à l’évidence à s’imposer sur le marché mondial, résumait Science le 18 décembre : elle fabrique déjà 80% des cellules photovoltaïques (les composants qui, dans les panneaux solaires, transforment la lumière du soleil en électricité), 70% des éoliennes et 70% des batteries au lithium.
Le début de la fin des énergies fossiles ?
Les carburants fossiles —pétrole et gaz— n’ont toutefois pas dit leur dernier mot. L’Agence internationale de l’énergie publiait le 12 novembre son World Energy Outlook, portrait annuel des projections à court terme. On y lit que la demande mondiale en énergies fossiles pourrait continuer de croître jusqu’en 2029 —un horizon plus rapproché que ce qui était prédit il y a quelques années. À deux conditions: d’une part, que les pays qui sont les principaux pollueurs respectent leurs cibles de réduction des gaz à effet de serre d’ici là (la Chine a peut-être vu ses émissions commencer à diminuer à la fin de 2025), et d’autre part, que la croissance des centres de données générée par l’explosion de l’intelligence artificielle, ne vienne pas brouiller les calculs.




