Par Laurie Couture-Dallaire

Pendant que les jeunes athlètes et leurs parents s’impatientent avec les mesures gouvernementales mises en place qui contraignent la pratique du sport dans les milieux scolaires et civils, plusieurs chercheurs à travers le monde s’intéressent aux conséquences que pourrait avoir la COVID-19 sur les athlètes qui la contractent. Une étude réalisée par les chercheurs du Wexner Medical Center de l’Université d’État de l’Ohio publiée le 11 septembre dernier dans le JAMA Cardiology montre que le coronavirus peut causer des problèmes importants au cœur des athlètes.

L’étude a été réalisée auprès de 26 athlètes universitaires de haut niveau ayant contracté le coronavirus. Les chercheurs ont fait passer des examens d’imagerie par résonance magnétique (IRM) aux 26 athlètes pour vérifier s’ils avaient une myocardite. Une myocardite est une inflammation du muscle cardiaque (myocarde) causée, dans la grande majorité des cas, par une infection virale. Cette maladie est assez rare, mais elle peut causer la mort. Les symptômes sont variables, par exemple la fatigue, l’essoufflement, le gonflement, et les palpitations cardiaques. Il est également possible qu’une personne n’ait aucun symptôme.

Les résultats ont démontré que 15 % des athlètes testés avaient des signes de myocardite. Les chercheurs ont également pu voir des dommages et des inflammations au cœur chez 30 % des athlètes sans toutefois pouvoir relier ces cas hors de tout doute à la COVID-19. De plus, aucune IRM n’avait été réalisée auprès de ces athlètes avant qu’ils contractent la COVID-19 afin de comparer les résultats avant et après que le virus s’attaque à leur cœur. La myocardite est une cause importante de mort cardiaque subite chez les athlètes de compétition. Elle peut survenir même si les athlètes n’éprouvent pas de difficulté respiratoire ou d’autres symptômes. Les athlètes se doivent d'être plus prudents s'ils contractent le virus, puisque le coeur est probablement un des muscles les plus sollicités dans la pratique de leur sport.

Une inflammation pas uniquement chez les athlètes

D’autres études avaient déjà soulevé plusieurs préoccupations concernant l’inflammation du myocarde au sein de la population en général. Une étude allemande publiée à la fin juillet a démontré que 78 % des patients récemment remis de la COVID-19 avaient une atteinte cardiaque et que 60 % d’entre eux étaient aux prises avec une inflammation du muscle cardiaque, et ce, même s’ils étaient asymptomatiques ou légèrement symptomatiques.

La prudence est de mise, notamment pour les sportifs

Les résultats d’une étude de grande ampleur, réalisée sur 2000 sportifs, dont 500 athlètes de haut niveau, nommée ASCCOVID19 et lancée par le CHU de Bordeaux en mars dernier, devraient arriver d’ici novembre. Cette étude vise à mesurer les effets de la COVID-19 sur le cœur des sportifs.

En attendant les résultats et les recommandations de cette étude, Jean-François Kaux, chargé de cours à l’Université de Liège, chef de service de Médecine Physique, Réadaptation et Traumatologie du Sport du CHU de Liège, responsable de SportS2 (reconnu comme la FIMS (Fédération Internationale de Médecine du Sport) et devenu le Centre Médical d’excellence de la FIFA) et membre de la commission médicale du Comité olympique, recommande aux victimes de la COVID-19 de pratiquer le sport avec modération. En effet, il mentionne qu’une activité sportive prolongée ou à haute intensité serait inutile, voire dangereuse. L’activité physique ne devrait pas faire en sorte que le seuil de 80 % de la fréquence cardiaque maximale soit dépassé.

(Crédit photo : Pixabay)

Légende : Des études ont démontré que la COVID-19 peut provoquer des inflammations du muscle cardiaque chez les athlètes.