Le gouvernement danois a abandonné l’abattage de 17 millions de visons sous le feu des critiques qu’il a agi avec hâte et sans preuve scientifiques suffisantes.

Michelle Ferguson

Mercredi dernier, la première ministre Mette Frederiksen a annoncé que tous les visons du pays seraient abattus, face à la découverte d’une mutation du coronavirus chez l’animal.

Selon un communiqué de presse publié par Statum Serum Institut (SSI), l’agence responsable de la gestion de maladies infectieuses, une douzaine de citoyens ont été infectés par cette nouvelle forme du virus.

Le coronavirus a subi plusieurs mutations depuis le début de la pandémie. La plupart n’ont aucun effet inquiétant. Mais celle trouvée au Danemark affecte la protéine spike, une membrane externe qui permet au coronavirus de pénétrer les cellules humaines.

Comme la plupart des vaccins en voie de développement ciblent cette protéine, les autorités sanitaires danoises s’inquiètent de l’impact potentiel de cette mutation sur les efforts de rétablissement mondiaux.

« Ceci est inquiétant, car ça pourrait affecter l’efficacité d’un vaccin éventuel, » a déclaré le SSI dans un rapport au gouvernement.

Mais plusieurs scientifiques ont critiqué ces énoncés — les qualifiant de propos alarmistes.  

« Les conséquences réelles des mutations aux protéines spike n’ont pas encore été évaluées par la communauté scientifique internationale et ne sont donc pas claires, » a remarqué James Wood, le directeur de médecine vétérinaire à Cambridge University. « Il est trop tôt pour déclarer que cette mutation causera la faillite des vaccins ou de l’immunité. »

Dans un communiqué, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a noté que la nouvelle souche observée au Danemark était moins sensible aux anticorps neutralisants produits par les personnes infectées par le coronavirus. Mais elle a aussi conseillé la poursuite d’études supplémentaires afin de mieux comprendre la mutation en question.

Malgré ses critiques de l’importance accordée à cette mutation, François Balloux, directeur de l’institut génétique de University of College London, a noté que l’abattage n’était pas une mauvaise idée. Les visons sont très susceptibles au coronavirus (comme leurs cousins les belettes qui ont été infectés en laboratoire) et le Danemark compte trois fois plus de visons que d’humains, explique-t-il.

Le pays nordique est l’éleveur de visons le plus important au monde, fournissant 40 % des fourrures. L’industrie emploie environ 4 000 danois.

Des millions de visons ont été tués avant que le gouvernement ait infirmé sa décision cette semaine.

 

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