On arrive déjà au solstice d’été et comme à chaque année, je ralentirai un peu le rythme de production sur ce blogue, histoire d’aller bouger dans la nature durant la belle saison, chose que je vous souhaite aussi étant donné les bienfaits associés pour le corps et le cerveau. Après sans doute le journal de bord de mon chapitre 6 la semaine prochaine, ces billets deviendront irrégulier jusqu’à la fin août, question aussi de me laisser du temps pour la relecture en cours de ce bouquin. Et sans doute aussi un peu pour lire des articles scientifiques « incontournables » comme celui que j’aimerais simplement vous signaler aujourd’hui. Il s’agit de Theories of consciousness, de Anil Seth et Tim Bayne, publié le 3 mai dernier dans Nature Reviews Neuroscience.

Les auteurs s’emploient d’abord à préciser quelques problèmes classiques auxquels fait face l’étude de la conscience. D’abord la question de l’expérience subjective elle-même, où selon la formule du philosophe Thomas Nagel « l’effet que ça fait d’être » conscient pour vous, pour moi, et peut-être pour une chauve-souris. Ensuite, la distinction entre ces propriétés phénoménales subjectives de la conscience et ses propriétés fonctionnelles, si elle en a. La conscience a-t-elle par exemple été façonnée et favorisée par l’évolution ? Joue-t-elle un rôle fonctionnel particulier dans l’architecture complexe de nos systèmes cognitifs ? Finalement, qu’est-ce qui fait qu’un contenu, qu’une image mentale devient consciente et pas une autre ? Et pourquoi tel état neuronal va susciter en nous tel type d’expérience, auditive, visuelle, tactile, plutôt que telle autre ? Bref, la question de « qualia » chère aux philosophes.

Après avoir présenté dans un tableau vingt-deux théories différentes sur la conscience (22 !), Seth et Bayne présentent un peu plus en détail quatre grandes familles de celles-ci (voir le schéma ci-haut) :

Les « Higher- order theories », qui proposent qu’un état mental est conscient s’il est la cible d’une méta-représentation, autrement dit lorsqu’on se fait une représentation d’autres représentations, sous-entendu ici de plus bas niveau, plus sensorielles par exemple;

Les théories de l’espace de travail global, qui suggèrent que les états mentaux conscients sont ceux qui sont globalement accessibles à un large spectre de processus cognitifs comme l’attention, l’évaluation, la mémoire ou le langage;

La théorie de l’information intégrée, qui associe la conscience au niveau d’intégration de l’information et à sa puissance causale dans un système physique, la posant ainsi comme une propriété fondamentale des systèmes. Je l’ai présenté sommairement dans un billet antérieur.

Les théories de « réentrée » et de « predictive processing », qui mettent l’emphase sur l’influence « top down » dans les réseaux cérébraux, c’est-à-dire le rôle facilitateur et modulateur de processus centraux par rapport aux afférences sensorielles.

Les auteurs se livrent ensuite à une évaluation de ces différentes approches, partie de l’article que je n’ai pas encore lue et que je me réserve comme lecture légère sur la plage cet été…  ;-P

N.B. : comme l’article n’est pas accessible facilement en ligne, les gens motivés peuvent m’en faire la demande.

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Suite à la publication de mon billet d’il y a deux semaines intitulé « Un exemple de saga scientifique : le Human Brain Project », j’ai reçu un courriel du Dr. Yves Frégnac, Directeur de Recherche  en neuroinformatique au CNRS (France) et professeur à l’École Polytechnique qui m’écrit :

« Je me permets de vous envoyer un article que j’ai récemment écrit à ce sujet et qui présente une analyse « épistémologique » du Blue Brain Project accompagnée d’un commentaire sur le film « In Silico » qui semble avoir motivé ce blog. »

L’article s’intitule « How Blue is the Sky?” et a été publié en avril 2021 dans la revue eNeuro. Je remercie M. Frégnac pour cette attention et pour les nombreux autres angles d’analyse qu’il apporte sur cette longue histoire.