Comment comprendre la causalité en rapport avec le temps et l'espace? C'est une question plus subtile qu'il paraît au premier abord. On imagine volontiers que l'ensemble des phénomènes existent dans un enchaînement de causes à effets se produisant à l'image d'un effet domino. Selon cette conception réductionniste, nous sommes amenés à formuler l'idée qui pourrait s'ériger en dogme : une cause, un effet.
Le développement récent de la mécanique quantique nous montre, en fait, que cette vision peut être battue en brèche et qu'un phénomène peut utiliser simultanément deux voies de causalité. De ce type d'expérimentation semble surgir momentanément une bifurcation du temps, comme je l'ai mentionné dans l'un de mes articles récemment. De plus, dans le cas maintenant de plus en plus connu de l'intrication quantique, la causalité peut être instantanée, quelle que soit la distance séparant deux particules intriquées. Justement, à ce propos, quel est le temps de causalité habituel dans la réalité de notre monde classique quand celle-ci n'est pas instantanée? Ce temps de causalité est-il unique ou multiple? Dans son livre, "l'Univers violent", Kumiko Kotera, directrice de l’Institut d'astrophysique de Paris, relate cet événement : "En 2022, l'événement le plus lumineux jamais enregistré dont la source est [...] [située] à 2 milliards d'années-lumière [...] Sa puissance a été telle qu'elle a introduit des perturbations dans les couches supérieures de l'atmosphère terrestre !"1,2,3 Il s'agissait d'un sursaut gamma. Un événement qui a eu lieu il y a 2 milliards d'années a été la cause de perturbations de l'atmosphère de notre planète. Il ne s'agit pas d'une causalité instantanée à distance. Le rayonnement électromagnétique a parcouru cette distance pendant deux milliards d'années pour produire cet effet. Pour autant, pouvons-nous dire que cet événement cataclysmique en a été la cause? Oui, en partie, bien que la cause immédiate en ait été l'interaction des photons gamma avec les atomes ionisés et les molécules de l'atmosphère de notre planète.
En soi, la causalité n'est pas chamboulée ici, mais la violence inouïe de cet événement pouvant produire pareilles perturbations à 2 milliards d'années-lumière de distance nous invite à nous demander si certains types de phénomènes ne doivent pas faire intervenir plusieurs échelles de temps causales. Les événements apocalyptiques des deux bombes atomiques ayant explosé sur Hiroshima et Nagasaki nous en fournissent de tristes exemples. L'effet immédiatement résulté fut la destruction des constructions de ces deux villes et la mort instantanée de plusieurs dizaines de milliers de personnes. L'effet, réparti sur des dizaines d'années, a entraîné la mort de plusieurs dizaines de milliers d'autres personnes des suites de l'action de la radioactivité sur leur organisme.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
Il n'est pas nécessaire de recourir à des événements violents pour aboutir à cet étalement dans le temps des effets d'une même cause. Prenons par exemple la gravité, celle sur notre planète, entre autres. L'effet est immédiat avec la chute des pommes ou de tout autre corps. Il existe pourtant un type de phénomène dont l'effet se manifeste sur plusieurs millions d'années alors que la gravité en est la cause : l'affaissement des chaînes de montagnes sous leur propre poids. Ici il n'est pas certain que cet effet se produise avec la même intensité de façon continue. Un peu à l'image des tremblements de terre, l'affaissement des montagnes pourrait se produire par périodes ou micro-périodes.
Revenons, pour terminer cet article, au phénomène relaté par Kumiko Kotera. Situé à 2 milliards d'années-lumière de notre planète, nous pouvons imaginer que la source de ce sursaut gamma n'a pas eu comme seul effet de perturber l'atmosphère de la Terre. Sur une telle distance, ce rayonnement électromagnétique a dû rencontrer sur son chemin bien d'autres corps célestes. Autant de systèmes stellaires et planétaires qui ont eu à subir les assauts de cette débauche énergétique. Ce qui nous offre l’exemple d'une cause à l'origine de multiples effets sur des systèmes, tous situés à de grandes distances les uns les autres. L'image, en quelque sorte, d'une causalité arborescente. Et éventuellement, nous, humains, pourrions avoir l'opportunité d'observer les effets de cet événement sur d'autres systèmes planétaires qui eut lieu des millions, voire des centaines de millions d'années plus tôt, ce qui constitue en soi un autre effet à mettre au compte de ce cataclysme. Des informations qui nous parviendraient sous forme de données propres à être enregistrées. Ce serait donc, en plus de cette structure arborescente, une relation de cause à effet qui se complexifierait avec l'évolution de l'Univers dont nous faisons partie.



