Rusi Taleyarkhan fait encore parler de lui. Ce physicien de l’université Purdue dans l’Indiana affirmait avoir prouvé, en 2002, que la fusion nucléaire « à bulles » était réalisable. Mais depuis mars 2007 il fait l’objet d’une commission d’enquête pour deux fautes professionnelles graves. Cette enquête sonne comme un coup de grâce pour celui qui se trouvait déjà bien seul dans le milieu des physiciens.

Pourtant tout avait bien commencé. En 2002, Taleyarkhan a publié un article dans Science dans lequel il affirmait avoir réussi à produire des réactions de fusion nucléaire dans des petites bulles créées dans un simple récipient rempli de liquide.

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La «fusion à bulles » en question est un phénomène appelé sonoluminescence. En excitant un liquide, on peut y créer de toutes petites bulles qui, en s'effondrant sur elles-mêmes, finissent par fortement comprimer le gaz qu'elles contiennent à un point tel que cela émet de la chaleur et de la lumière. Rusi Taleyarkhan prétend avoir réussi à produire des bulles idéales pour que l'échauffement atteigne des millions de degrés, suffisamment pour produire des réactions de fusion nucléaire.

Or, les scientifiques cherchent à faire de la fusion nucléaire depuis longtemps car elle serait une ressource illimitée, gratuite, non polluante et plus efficace que la fission (qui alimente les centrales nucléaires). Mais ces recherches représentent un investissement de millions de dollars alors que Taleyarkhan prétend pouvoir y arriver avec peu de matériel et peu d’investissements.

Cette découverte a surpris le monde scientifique. Pourtant, six ans plus tard, personne n’est parvenu à reproduire les résultats de Taleyarkhan. Etait-ce une manipulation du physicien? En 2004, à l’université Purdue, Taleyarkhan demande à un de ses post-doctorants de pratiquer l’expérience de fusion à bulles. Mais l’article écrit à l’issue de cette expérience est refusé par Science. La raison invoquée par le magazine? L’expérience n’a été menée que par un seul individu, or des personnes témoins de l’expérience sont nécessaires à sa validation. Taleyarkhan a donc demandé à un autre étudiant de relire l’article rejeté par Science. Cet élève a par la suite ajouté son nom à l’article. Finalement, Science a accepté l’article.

Cet épisode est le premier cas de faute professionnelle que la commission d’enquête reproche à Taleyarkhan. Rajouter son nom à un article n’est pas conforme aux normes scientifiques car il donne l’impression que l’étudiant avait participé à l’expérience, or ce n’était pas le cas. L’expérience n’avait été effectuée que par le post-doctorant.

Mais ses erreurs déontologiques ne s’arrêtent pas là. La commission d’enquête a pointé du doigt une deuxième affaire. En 2006, dans un de ses articles, Taleyarkhan a cité le papier de son post-doctorant comme preuve indépendante de la fusion à bulles. Par là, il voulait prouver que des personnes indépendantes de ses études avaient elles aussi prouvé que la fusion à bulles était bel et bien réalisable.

Après cette enquête sur les deux erreurs du physicien, une troisième est en cours d’examen. Taleyarkhan se défend de ces attaques en rétorquant qu’il y a des erreurs dans le rapport de la commission d’enquête, et a annoncé qu'il irait en appel.

Toutefois, ses opposants sont déçus du dénouement de cette affaire. La commission a épinglé le scientifique uniquement pour ses fautes professionnelles et non pour fraude après ces déclarations en 2002 sur la réalité de la fusion à bulles. La commission d’enquête ne s’est pas prononcée sur le cœur du problème, selon les opposants.

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