Cela m'a pris du temps, avec la période des examens, les fêtes et les vacances, mais voici, comme promis, la deuxième et dernière partie de mon « analyse » de la nouvelle stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation dont on a assez peu parlé dans les médias.

La situation actuelle en recherche et développement (R. et D.) au Québec est mitigée. D'un côté, les dépenses en R. et D. sont de l'ordre de 2,7 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui place le Québec au-dessus de l'Ontario (2,4 %), du Canada dans son entier (2,0 %) et de l'Allemagne (2,5 %), par exemple, et sur un pied d'égalité avec les États-Unis (2,7 %). Par contre, ces dépenses sont nettement inférieures, en pourcentage, à ce que l'on retrouve dans des pays de taille similaire au Québec tels que la Finlande (3,5 %) et la Suède (4,0 %). Il faut quand même prendre ces chiffres avec un grain de sel, car le Québec a un revenu PIB par habitant 20 plus faible, parfois considérablement, que tous ces pays, ce qui veut dire qu'en terme de $ par habitant, le Québec traîne légèrement la patte par rapport à l'Ontario et se place plutôt vers la moyenne des pays de l'OCDE.

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Si on se concentre sur le rapport entre les dépenses en R. et D. dans les universités et celles dans le privé, on s'aperçoit que le privé finance environ 60 % de celles-ci, une proportion similaire à l'Ontario, mais nettement inférieure à celle qu'on retrouve aux États-Unis (70 %), en Finlande (70 %) et en Suède (74 %). Cela veut dire que les compagnies québécoises rechignent à investir dans la R. et D. et se contentent de produire de biens de moins grande technologie, plus faciles à délocaliser. Cela signifie également que le personnel hautement qualifié formé dans les universités a plus de difficulté à se trouver un emploi en R. et D. au Québec. Les détenteurs d'une maîtrise ou d'un doctorat doivent donc souvent accepter un poste pour lequel ils sont surqualifiés ou simplement s'exiler.

Le gouvernement du Québec propose donc une approche en plusieurs volets. Tout d'abord, augmenter le nombre de bourses d'excellence pour les étudiants à la maîtrise et au doctorat. La compétition est tellement forte aujourd'hui qu'un seul B au baccalauréat est suffisant pour éliminer un candidat; le droit à l'erreur n'existe pas. On ne peut qu'espérer que le financement additionnel de 300 nouvelles bourses par année pendant trois ans puis diminuer un peu la pression de ce côté. En parallèle, on veut également recruter plus de chercheurs étrangers au Québec. Outre la difficulté d’attirer ceux-ci, il faut d'abord créer un besoin pour ces chercheurs en augmentant la R. et D. industrielle. Sinon, ces gens feront comme plusieurs personnes que je connais et quitteront rapidement le Québec ou s'installeront dans des emplois très peu valorisants.

Dans un deuxième temps, le gouvernement Charest prévoit augmenter la recherche dirigée dans les universités. Il s'agit de définir quelques pôles d'excellence au Québec et d'y investir massivement, décourageant les chercheurs universitaires de s'engager dans d'autres domaines. L'effet de cette politique est déjà apparent. Depuis deux ans, les chercheurs qui proposent de la recherche vraiment fondamentale ou d'applicabilité moins évidente, en astronomie ou en mathématiques, par exemple, se sont fait couper les vivres. Bien qu'il soit tout à fait normal que des subventions particulières ciblent le développement de certains champs précis de connaissance, il faut éviter de mettre tous ces oeufs dans le même panier. Lorsqu'un domaine de recherche reçoit l'attention d'un gouvernement, il n'est déjà plus à la fine pointe. Ainsi, le travail d’un groupe d'informaticiens montréalais sur l'imagerie 2D dans les années 1970, qui n’était pas considéré alors comme un sujet d’importance nationale, a mené au développement d'une expertise unique qui a fait de Montréal une plaque tournante dans le secteur de l'animation. Qui va préparer les secteurs de demain, si le gouvernement se borne à financer la recherche qui suit son plan quinquennal?

Je retiendrai un troisième élément de la nouvelle stratégie québécoise de l'innovation : l'augmentation de la R. et D. privée. Il n'est pas facile de s'immiscer dans les compagnies afin de les forcer à faire de la recherche. Dans un premier temps, le gouvernement se propose donc de revenir sur la bonne vieille méthode de crédit d'impôt en augmentant la taille des société peuvant recevoir un crédit maximal, faisant passer le plafond d'un actif de 25 millions à 50 millions $. Comme les crédits existent depuis longtemps et que plusieurs facettes de ce crédit d'impôt ont été revues à la baisse par le gouvernement actuel, il est difficile de voir comment ce programme permettra de faire croître significativement la R. et D. privée au Québec.

En conclusion, la nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation apporte de l'argent frais bien nécessaire pour la formation et la recherche universitaire. Elle réaffirme également l'importance d'augmenter les liens entre le privé et les universités tout en préservant l'indépendance des universitaires. Au-delà de cette aide essentielle, elle manque toutefois d'originalité et reprend à son compte les nombreux voeux pieux énoncés par tous les gouvernements de l'OCDE. À ce compte, il est difficile de voir comment le Québec pourra tirer son épingle du jeu. Pour un Québec vraiment prospère et innovant, le gouvernement devrait absolument, selon moi, soulever les questions suivantes :

  1. Discuter du problème du placement du personnel hautement qualifié et mettre en place une vraie politique de l'emploi pour ces diplômés. Plutôt qu'un crédit d'impôt général, il faudrait cibler la création de nouveaux emplois hautement qualifiés qui feraient entrer dans l'industrie un savoir bien nécessaire.
  2. Revoir, au-delà de la recommandation ci-dessus, la politique de promotion de la R. et D. industrielle et lier, par exemple, tout aide dans les secteurs vitaux du Québec — forêt, mine, aluminium — à des investissements considérables dans la R. et D. Favoriser également le développement d'une industrie de l'éolienne au Québec, par exemple. Au lieu d'une aide passive, telle que les crédits d'impôt, il faut que le gouvernement soit très proactif dans le domaine.

  3. Réserver une partie des subventions de la recherche pour des projets sur des sujets ouverts et fondamentaux afin d'assurer le développement des savoirs de l'avenir. On ne sait pas quels seront les domaines à la mode dans 10 ou 15 ans. Le Québec gagnera à avoir des chercheurs de très haut niveau dans des domaines d'apparence futile plutôt que des chercheurs moyens dans les domaines ciblés par le gouvernement.

Ce survol du plan de développement de la recherche et de l'innovation du gouvernement québécois est bien sûr incomplet. Je vous encourage donc à jeter un coup d'oeil à celui-ci et à ajouter vos commentaires sur ce site.

Pour finir, permettez-moi de vous souhaiter une excellente année 2007!

Un Québec prospère et innovant — Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation,

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