C'est à croire que tout le monde s'est donné le mot ! En effet, on retrouve le sujet des relations entre la science et la religion dans plusieurs autres magazines d'actualité et revues scientifiques. Ainsi, la revue Ciel et Espace a publié un numéro hors-série intitulé « L’Univers a-t-il besoin de Dieu ? » . Et dans le dernier exemplaire du magazine Seed plusieurs articles portent sur l'intrusion de la religion dans les politiques scientifiques. (Notons que Seed est une excellente revue scientifique américaine, fondée il y a quatre ans par un jeune prodige montréalais de la science, Adam Bly, et dont le motto est Science is Culture. Le ton, la qualité et la diversité du contenu font penser aux meilleures années du défunt magazine Omni .)

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Le sujet est décidément à la mode puisqu'il a fait la une de plusieurs autres revues de vulgarisation scientifique telle que La recherche, avec son Hors série no14 (février 2004) portant sur « Dieu, la science et la religion », Sciences et avenir, avec son Hors série no 137 (déc. 2003-janv. 2004), « Le Dieu des savants », et le numéro d'avril 2005, dédié aux « astronomes de Dieu ». Les revues québécoises n'en sont pas du reste avec, par exemple, la Revue d'histoire de l'Amérique française (hiver 2004) qui renferme un dossier sur les religions sur les sciences sociales au Canada et au Québec.

Dans les articles publiés, on aborde plusieurs questions : la nature physiologique de la foi en Dieu, les croyances des scientifiques, la nécessité d'un dieu créateur ou d'une explication universelle dans la cosmologie moderne, les arguments scientifiques en jeu dans la question du principe anthropique et les propres débordements scientifiques de certains cosmologistes, etc.

Les pires déconfitures ne résultent pas nécessairement des collisions inévitables entre la science et la religion mais quelquefois des tentatives de concordisme qui veulent à tout prix établir l'harmonie entre les deux « magistères ». Pour les concordistes, les livres saints sont des livres de science. À chaque nouvelle découverte scientifique, on essaie donc de réinterpréter les Écritures à la lumières des nouvelles connaissances acquises. Il s'agit souvent de l'œuvre de scientifiques croyants, qui visent à réconcilier les deux deux mondes qu'ils chevauchent, ou de prosélytes (notamment catholiques mais surtout musulmans) désireux de montrer que leur religion est la plus juste puisqu'elle explique le monde mieux que la science elle-même, ou du moins depuis plus longtemps qu'elle.

Ces tentatives sont, bien entendu, vouées à l'échec, car la science, de par sa nature même, est une chose en devenir. Les découvertes d'hier peuvent en tout temps être remises en question, de même que la science admise dans les manuels peut être réinterprétée à la lumière de nouvelles théories ou paradigmes. De multiples tentatives de concordisme ont vu le jour aux XVIIIe et XIXe siècles pour expliquer les faits religieux en fonction des découvertes réalisées sur l'électricité ou enn géologie mais celles-ci font maintenant sourire ; pensons seulement à l'éther ou les fluides magnétiques de Mesmer, ainsi que les théories entourant le Déluge et la paléontologie. Mais ces changements de paradigme, normaux en science, sont tout à fait délétères en matière de religion. La foi peut difficilement survivre à ces interprétations abusives et passagères.

Les contorsions intellectuelles que l'on peut évoquer pour faire coïncider ces deux domaines de la pensée sont les nouvelles pitreries théologiques de notre temps. L'esprit de concorde qui les anime est certes préférable à l'aveuglement carrément hypocrite de certaines batailles fondamentalistes mais elle a le désavantage de perpétuer une confusion néfaste entre deux attitudes totalement opposées. Comme si la foi pouvait être prouvée par l'expérimentation ou la science reposer sur des axiomes arbitraires que l'on ne pourrait pas remettre en question. D'ailleurs, cet acharnement à prouver des réalités spirituelles par les choses matérielles me semble bien loin de la religion telle quelle.

Comme je l'ai dit dans ma chronique précédente, dans ce domaine, il est préférable ne pas y regarder de trop près. Puisque comme le dit l'adage : « Le diable est dans les détails. »

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