Un des objectifs de l'exploration spatiale du système solaire
est de découvrir les environnements propices à l'apparition 
de la vie ailleurs que sur la Terre. Or, puisque le développement
de la vie sur notre planète est intimement lié à l'eau, les
missions spatiales robotisées (sondes, "rovers", etc.) suivent
ce que les chercheurs de la NASA appellent "la piste de l'eau",
c'est-à-dire la recherche d'environnements planétaires où
l'eau existe ou a existé pendant une période de temps assez
longue.

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À cause de sa proximité, la planète Mars représente une cible de choix en terme d'accessibilité. De plus, les conditions physiques qui règnent à sa surface (température, pression, etc. ) rendent son exploration plus facile. Depuis quelques années, plusieurs sondes en orbite ( Mars Odyssey , Mars Express , et depuis peu Mars Reconnaissance Observer ) et deux robots téléguidés à la surface ( Spirit et Opportunity ) nous permettent de comprendre un peu mieux l'histoire géologique de notre voisine.

L'évolution géologique et biologique de la Terre est divisée en ères, en périodes, et en époques. On retrouve ainsi des noms familiers tels que cambrien, carbonifère, jurassique, ou quaternaire. La dénomination et la transition d'une période à une autre dépendent de plusieurs critères comme l'emplacement géographique, la nature géologique de la couche de sol, ou la nature des fossiles qu'on y retrouve. Initialement, la datation des couches était surtout basée sur une échelle stratigraphique relative, c'est-à-dire en fonction de la profondeur dans le sol à laquelle on trouvait les différentes couches. Au début du 20ième siècle, le développement des

méthodes de datation radiométriques (basées sur la désintégration de certains isotopes radioactifs) à permis d'établir une chronologie absolue de ces couches et donc de l'histoire de la Terre.

Dans le cas de la planète Mars, l'évolution géologique est plus difficile à établir puisque nous n'avons pas encore réussi à creuser sous la surface. Jusqu'à tout récemment, l'histoire de Mars était divisée en trois grandes périodes - le Noachien, l'Hespérien, et l'Amazonien - en fonction de critères morphologiques de sa surface tels le taux de cratérisation ou la présence de failles et de vastes plaines.

La semaine dernière, des chercheurs de l'Agence spatiale européenne (ESA) ont proposé une nouvelle séquence géologique basée sur une carte minéralogique détaillée de la surface martienne. Les résultats, publiés dans la revue Science (21 avril 2006), proviennent de l'instrument appelé OMEGA à bord de la sonde Mars Express . Grâce à ce spectrographe, les chercheurs ont identifié la présence de plusieurs minéraux, dont certains ont été altéré par l'eau. La répartition géographique de ces minéraux leur a permis de mieux comprendre l'évolution géologique et climatique de Mars.

Cette nouvelle échelle géologique identifie trois grandes ères - l'ère phyllosienne, theiikienne, et sidérikienne -  nommées selon les noms grecs des minéraux prédominants à la surface.

La première, le phyllosien, correspond à un intervalle de 300 millions d'années, entre 4.5 et 4.2 milliards dans le passé, au cours duquel de larges dépôts d'argile, témoins d'une phase humide et possiblement chaude, se sont formés. Cette période semble la plus propice au développement d'une vie primitive sur Mars.

La deuxième ère, le theiikien, s'est déroulée entre 4.2 et 3.8 milliards d'année dans le passé. Au cours de cette période, l'activité volcanique intense modifie le climat. Les éruptions libèrent beaucoup de soufre qui, au contact de l'eau, se transforme en pluies acides. La surface de la planète est profondément altérée par ces pluies. Si la vie est apparue sur Mars, elle est probablement disparue à la suite des ces épisodes de volcanisme intense et des pluies acides.

Finalement, la dernière période, le sidérikien, a débuté il y a 3.8 à 3.5 milliards d'années et se poursuit encore de nos jours. L'eau ne joue plus aucun rôle dans l'évolution des roches martiennes depuis le début de cette ère. La surface de Mars est uniquement altérée par l'interaction avec l'atmosphère ténue, riche en dioxyde de carbone, et le rayonnement ultraviolet du Soleil.

L'identification de ces trois grandes ères, associées à la répartition géographiques des minéraux à la surface de la planète Mars, permet de mieux cibler les endroits les plus propices et les plus accessibles aux futures missions robotisées dans l'espoir d'y découvrir des traces ancestrales de vie. Comme sur la Terre, les argiles (du phyllosien) semblent plus propices au développement de structures biochimiques et possiblement biologiques. De plus, le climat très froid de la planète Mars aura probablement préservé ces structures (si elles existent) jusqu'à nos jours.

Voilà de quoi alimenter les spéculations pour les prochaines années.

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