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Ce sera certainement le cas pour celui auquel j'ai participé la semaine dernière, à la Barbade, et dont j'ai déjà parlé dans mes deux billets précédents. Il n'y eut pas d'annonces fracassantes ou de problèmes vraiment résolus. Non. L'étude de la flexibilité des protéines, qui nous permettra de mieux comprendre leur fonctionnement dans les organismes vivants et, peut-être, de combattre des maladies grandes et petites, est difficile et les progrès ne se feront que par petits pas. Ce qui marqua cette rencontre fut la création, sur une période de 6 jours, d'un premier vrai dialogue entre des acteurs venant de disciplines diverses, toutes intéressées par certaines facettes du problème. Croyez-moi, il n'est pas facile d'établir une vraie communication entre un physicien et une mathématicienne ou entre une informaticienne et un biochimiste. C'est que chaque discipline a sa façon de poser et de résoudre les problèmes. Les mêmes mots s'utilisent dans des contextes différents et il fallut souvent plusieurs heures avant que tout le groupe puisse s'entendre sur l'énoncé d'une question.
Ainsi donc, pour les mathématiciens et les informaticiens, les mouvements d'une protéine se rapprochent de ceux des robots. La robotique, une science apparue il y a une quarantaine d'années, pourrait donc avoir quelque chose à dire au sujet du fonctionnement des cellules. Quant aux physiciens, ils voient dans la lenteur de ces mêmes protéines des échos des verres — des liquides gelés dont on cherche encore à comprendre la nature profonde — et des polymères, qui composent les plastiques qui nous entourent.
La semaine dernière, nous avons donc confronté ces différentes visions, avec toujours un ou une biochimiste prêt à nous rappeler à l'ordre lorsque nous nous égarions dans des analogies trop poussées. Nous avons ainsi découvert que certains algorithmes prometteurs avaient un besoin pressant des mathématiciens afin d'établir une base solide, par le développement d'un certain nombre de théorèmes en géométrie. Sans ceux-ci, il serait impossible de savoir si les algorithmes fonctionnent vraiment tel qu'on le soupçonne et offrent vraiment un premier pas important dans l'étude de la flexibilité des protéines.
De même, les informaticiens ont réquisitionné une série de problèmes modèles aux biochimistes afin de tester des algorithmes qui semblent rapides sur papier mais qui pourraient trébucher sur certaines particularités de ces molécules sélectionnées avec soin par l'évolution. La comparaison de ces nouveaux algorithmes avec ceux déjà utilisés, souvent de manière plus ad hoc par les physiciens et les biochimistes, nous permettra de savoir si les percées récentes en géométrie algébrique se transposent ou non en gain important pour notre compréhension du comportement des biomolécules.
Le travail ne se termine évidemment pas avec l'atelier. Les discussions se poursuivront. Certaines, sur quelques mois, d'autres, durant plusieurs années. Quoiqu'il arrive, tout le monde y gagnera. C'est aussi ça la beauté de la science : contrairement à ce que raconte la théorie économique néolibérale, l'échange d'information ne fait généralement que des gagnants. Peut-être est-ce que contrairement au monde économique actuel, les scientifiques n'ont pas encore élevé l'appât du gain au-dessus du plaisir de la connaissance et du partage?




