Mis sur le gril cette semaine, le ministre Gary Goodyear s’est défendu en expliquant que les décisions à propos de ce qui sera financé ou non en science sont prises par des scientifiques, à travers des organismes subventionnaires, et non par lui.
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Retour en arrière. Au cours d’une entrevue accordée à la journaliste Anne McIlroy, du quotidien torontois The Globe and Mail, Gary Goodyear a refusé de dire s’il croyait ou non à l’évolution. Le Globe en a fait sa Une mardi (17 mars), ce qui a déclenché une vive controverse. Le soir même, à CTV, le ministre a voulu s’expliquer: oui, a-t-il dit, je crois à l’évolution. Mais c’est dans la suite de son explication que ça s’est gâté:
« nous évoluons chaque année, à chaque décennie. Que ce soit par l’intensité du soleil, le fait de marcher sur du ciment plutôt qu’une autre surface, en espadrilles ou en talons hauts. »
Bien sûr, les biologistes n’allaient pas manquer de souligner que ce n’est pas du tout de cela dont ils parlent depuis 150 ans. « Il confond l’évolution avec l’adaptation à un style de vie », a par exemple déclaré Brian Hall, de l’Université Dalhousie à Halifax. « Ces choses-là ne sont pas des changements génétiques qui sont passés à la génération suivante. »
D’un autre côté, l'affirmation du ministre sur son rôle comme ministre, n’a pas été contredite : ce n’est pas lui qui dit Oui ou Non à une demande de subvention. Ce n’est peut-être pas lui qui a décidé que Génome Canada n’aurait pas de fonds nouveaux cette année (lui seul pourrait nous le dire). Ce n’est peut-être pas lui qui décidera si le Canada tentera de concurrencer les États-Unis dans la recherche sur les cellules-souches. L'Association des communicateurs scientifiques qui demande sa démission, ou les scientifiques outrés qui, depuis mardi (par exemple sur les ondes de la CBC), affirment « qu’il est essentiel, pour un ministre de la Science, d’être capable d’évaluer la science... tout comme un ministre des Finances devrait être capable d’évaluer l’information financière », les partisans du ministre diraient peut-être que tous ces gens sont peut-être trop sévères à son endroit?
Qui sait: peut-être qu’un ministre de la Science pourrait croire au créationnisme, nier le réchauffement climatique, le Big Bang, les ères géologiques, les bactéries résistantes aux antibiotiques, le rôle du CO2 dans l’atmosphère et la fonte de la banquise canadienne, sans que cela n’affecte le moins du monde les orientations d’une politique scientifique.
Mais si c’était le cas, ça nous renverrait à la question du début : à quoi sert un ministre de la Science? Lui seul pourrait nous le dire.
Pascal Lapointe





