Une étude publiée récemment dans les archives gratuites du Public Library of Science (PloS) suggère que les articles provenant des sites en accès public sont cités plus fréquemment que les articles publiés en revues commerciales. (Parlons d'une mise en abyme !).

Ces résultats, qui ne m'étonnent pas le moins du monde comme bibliothécaire, tendent à montrer que l'information libre et facile d'accès sur Internet ne peut être que privilégiée par la majorité des usagers face à une littérature scientifique enfouie dans des revues papier, accessibles seulement dans quelques bibliothèques. Même quand ces périodiques sont disponibles en ligne, les abonnements demeurent souvent coûteux.

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Il est à souhaiter que les scientifiques adoptent ce nouveau paradigme de l'édition spécialisée. En effet, le Net permet de démocratiser l'information et d'accélérer la circulation des idées scientifiques. Depuis plusieurs années déjà, des sites d'archives publiques, tel que le dépôt de prépublications électroniques en ligne du Los Alamos National Laboratory. De telles initiatives ne bénéficient pas seulement aux scientifiques eux-mêmes mais aussi au grand public. Moyennant l'effort de se mettre à ce niveau, le quidam moyen peut prendre connaissance des dernières avancées de la science et voir, par la même occasion, à quoi sert ses impôts puisque, ne l'oublions pas, une bonne part de la recherche scientifique s'effectue grâce aux deniers publics.

Les annonces de Google et de leurs partenaires commerciaux afin de constituer une bibliothèque virtuelle globale est certes louable mais il est difficile de savoir quelle forme définitive prendra ce projet. Cette initiative comporte de nombreux problèmes, ne serait-ce qu'en matière de droit d'auteur et de droit de reproduction. Mais ce qui est le plus problématique, à mon avis, est de voir ce vaste projet, méritoire et porteur d'avenir en lui-même, échapper aux mains des bibliothécaires pour aboutir chez des commerçants. Car on se doute bien que toute cette belle culture (Shakespeare et Molière, Milton et Hugo, Zola, Huxley, etc.) n'est pas numérisée pour sa valeur intrinsèque mais pour les dollars qu'elle peut rapporter. Lorsqu'on voit les efforts répétés de l'industrie du spectacle, particulièrement Sony, pour enforcer leurs règles de gestion des droits numériques (ou DRM, en anglais, Digital Rights Management), on peut se demander si nous pourrons toujours lire les livres électroniques dans 20 ans. Peut-être seront-ils enfermés à jamais dans des fichiers cryptés, liés à des formats désuets.

Gloires et misères de l'édition électronique !

Toutes ces réflexions sur les bibliothèques virtuelles me ramènent à une conférence que j'ai donné récemment dans le cadre du 37e Congrès de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec. Le thème de la causerie, dont le titre était “ Formes et fonctions des bibliothèques imaginaires ”, m'a permis d'explorer comment les auteurs entrevoyaient les bibliothèques idéales et celles de l'avenir. Parmi les représentations les plus intéressantes, citons le bibliothécaire virtuel de Neal Stephenson, dans son ouvrage Snow Crash . Ce librarian daemon, selon sa propre expresson, inspirée par ailleurs d'un terme informatique existant, est une sorte d'agent virtuel, une intelligence artificielle, qui sous l'interface d'un recherchiste, interroge le contenu du Metaverse (l'Internet du futur) pour en extraire l'information désirée. Image moderne du génie de la lampe, prêt à exaucer tous nos désirs, ce fantasme de l'homme-livre, image séminale du reste fort ancienne, revient sous la forme de Vox, le bibliothécaire virtuel de la New York Public Library du futur dans le film The Time Machine (2002). Tout à la fois bibliothécaire de référence, catalogue en ligne, livre électronique, et bibliothèque entière, c'est l'aboutissement de tous les rêves de bibliothèque virtuelle globale. Il a littéralement toute l'information du monde au bout des doigts. (Et ce qui ne gâche rien, il possède également un semblant de pseudo-personnalité, quand il s'entretient de manière légèrement sarcastique avec le voyageur du temps !).

Vous trouverez une première ébauche de ma conférence dans un de mes articles pour la revue Solaris. Consultez également l'excellente étude de James Gunn, “ Libraries in Science Fiction ”, un critique réputé de sf.

Bonne lecture virtuelle !

Je donne