Ce bouquin, écrit dans un style sensationnaliste, très américain, porte sur tous ces moments où on réagit instinctivement, sans avoir le temps de penser sérieusement. L'auteur mélange allègrement des situations qui n'ont rien à voir : le spécialiste qui réagit via une expérience difficile à mettre en mots, le citoyen qui passe le test Pepsi et le policier qui doit décider, en une fraction de seconde, si le suspect est armé ou non. Ce mélimélo ne réussit qu'à confondre le lecteur. Gladwell soulève quelques points qui valent la peine d'être repris, toutefois.
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Il arrive souvent qu'on doive réagir à une situation sans avoir le temps de penser. Quand on est en voiture, par exemple, afin d'éviter un accident. Puisque le cerveau n'a qu'une fraction de seconde pour agir, sans pouvoir analyser la situation, il se replie sur l'habitude ou sur des associations déjà bien ancrées. Pour un pilote de course, par exemple, cela veut dire lancer une série de gestes répétés plusieurs fois. Mais comment réagit-on si on n'a pas été préparé à une situation?
Le psychologue Keith Payne de l'Université de Caroline du Nord a testé la réaction des gens à des images présentées rapidement. Dans une expérience, il montra à ses sujets le visage d'un Blanc ou d'un Noir suivi des divers outils ou d'un pistolet (on peut décharger les images utilisées ici). Chaque image n'apparaissait que 200 millisecondes à la suite de quoi, le sujet devrait identifier l'image. Les résultats sont troublants. Après qu'un visage noir, le pistolet était toujours identifié plus rapidement qu'après un visage blanc. Lorsque Payne diminua le temps de réponse permis à une demi-seconde, les erreurs se multiplièrent, toujours avec le même biais : les sujets avaient tendance à voir un pistolet beaucoup plus souvent après un visage noir, que le pistolet soit là ou non, qu'après le visage blanc. À défaut d'un entraînement satisfaisant, le cerveau se tourne donc vers des réponses assemblées à partir des stéréotypes enfoncés au fil des années. La seule façon pour Payne de diminuer le biais fut de laisser aux sujets le temps de répondre. Cette expérience montre l'importance de lutter contre les stéréotypes, mais aussi de prendre le temps de réfléchir avant d'agir...
Galdwell rapporte aussi une autre observation : notre savoir n'est pas toujours facilement verbalisable. Par exemple, au début des années 1980, les curateurs du Musée Paul Getty à Los Angeles achetèrent, après moult analyses soutenant son authenticité, une statue grecque, un kouros, datant du 6e millénaire B.C. Or, quand la statue fut présentée à quelques experts indépendants, ceux-ci immédiatement eurent des doutes. Leur impression initiale fut fugitive, mais ils en étaient certains. C'est que l'expérience acquise au fil d'années d'observations et de travail en archéologie ou en histoire de l'art est un mélange de connaissances verbalisées et d'apprentissages faits sans qu'on les remarque même.
C'est le cas pour toutes les disciplines. Un menuisier expérimenté pourra souvent sentir une faille dans une construction avant même qu'il ne soit capable d'identifier le problème ou de l'expliquer. Des études discutées dans le livre de Galdwell montrent même que souvent on déforme cette observation en essayant de la mettre en mots. Par exemple, plusieurs grands joueurs de tennis insistent sur l'importance du coup de poignet. Or, une analyse image par image de ces professionnels montre que le poignet ne se met à bouger que longtemps après que la balle fut frappée. Les joueurs savent frapper la balle, mais ne comprennent en fait le mouvement qu'ils accomplissent! En essayant de justifier leurs succès, ils se construisent donc une histoire, qui n'a rien à voir avec la réalité. Ceci s'explique, partiellement, parce que la partie du cerveau qui frappe la balle n'est pas celle où se construit le langage. Ce transfert d'information peut être inhibé par le manque de vocabulaire ou de formation qui permet de mettre en mots une action ou un sentiment particuliers.
Si vous avez envie d'en savoir plus sur le cerveau, toutefois, je vous conseillerais d'éviter le sensationnalisme de Gladwell et de vous tourner plutôt vers les ouvrages d'Antonio Damasio, un brillant neuropsychologue qui vous présente ses travaux avec un talent exquis!





