C’est jour d’élection au Québec aujourd’hui. Comme j’ai pris dix minutes pour aller voter par anticipation pour Québec Solidaire lundi dernier, ça me laisse 365 jours moins dix minutes pour essayer de comprendre et de lutter à d’autres niveaux contre la destruction en cours de notre seul vaisseau spatial, la Terre. Car je ne me fais pas d’illusion sur l’infime portée d’un vote qui ne fait que s’opposer à la droite capitaliste des autres partis dans un processus électoral hautement critiquable et défaillant. Une amie publiait ce matin sur les réseaux sociaux un autre cas « d’effet de surplomb », ces astronautes qui passent une couple de mois dans la station spatiale et qui en reviennent sous le choc après avoir compris qu’il n’y a pas de plan B si on continue à détruire ainsi notre fragile biosphère. Mais bon, comme envoyer largement les gens dans l’espace pour qu’ils aient cette illumination n’est pas vraiment une option, il nous reste la réflexion, ce que je tente de faire ici les lundis matins… La vie nous peut alors nous faire des clins d’oeil dont on ne peut pas ne pas tenir compte. Comme j’ouvrais mon blogue pour savoir où j’en étais dans mes publications, je vois ainsi dans la marge de gauche que Deric Bowonds a publié il y a quelques jours un billet au titre intrigant : Who Broke the World? Who are the villains?…Where do we not want to be? Je traduis ci-dessous quelques éléments de présentation du texte inspirant de Nate Hagens du blogue « La Grande Simplification » (Great Simplification) dont il est question.
Hagens présente huit « prismes » distincts à travers lesquels les gens désignent les responsables de la crise civilisationnelle — politique, religieux, lié aux classes sociales, technologique, communautaire, animiste, lié au dépassement des limites (overshoot) et thermodynamique — chacun associant un coupable à une solution réparatrice jugée satisfaisante. Cette grille de lecture en huit points est évidemment propre à Hagens et d’autres découpages seraient possibles. En particulier, les deux derniers prismes, celui du dépassement des limites et celui de la thermodynamique, impliquent tout le monde plutôt qu’un coupable unique et n’offrent aucune solution simple. Ils constituent donc, logiquement, les approches les plus solides, mais aussi, psychologiquement, les moins convaincantes. Hagens soutient que les solutions durables doivent opérer simultanément à travers plusieurs de ces prismes.
Nos chères élections sont le premier. Celui dont les puissants et leur médias essaient de nous convaincre qu’elles sont l’unique voie de changement possible. Le problème, comme le montre Hagens en plaçant ce prisme au début de sa liste, c’est qu’il est le plus simpliste de tous. Et donc, on le comprends en lisant tout le texte, le moins susceptible de changer grand-chose ! Je traduis dans le reste de ce billet des éléments de la conclusion de Hagens en espérant qu’ils vous permettront de saisir l’ampleur tellement plus large et complexe des problèmes qui nous pendent au bout du nez que ceux que nos bons politiciens et laquais médiatiques essaient de nous le faire croire. Le texte est un peu long, mais avec un souci de clarté et une profondeur d’analyse qui fait du bien à l’intellect et à l’âme. J’en recommande fortement la lecture ce soir au lieu de déprimer à écouter la soirée électorale…
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« Ce que j’ai remarqué en élaborant tout cela, c’est que chaque prisme nous présente un méchant et une mission.
Le prisme politique vous donne le parti adverse et un vote.
La religion vous donne notre propre manque de foi et un moyen d’expier.
La classe sociale vous donne les milliardaires et une redistribution.
La technologie vous donne les néo-luddites et quelque chose à construire.
La communauté vous donne la modernité et un groupe auquel appartenir.
La perspective animiste vous donne le braconnier et une créature à sauver.
Un méchant, une mission. Un méchant, une mission. Et je pense que les gens choisissent leur perspective, au moins en partie, en fonction de celle de ces deux options avec laquelle ils peuvent s’accommoder.
Cependant, tant le dépassement des limites que la thermodynamique nous livrent… nous-mêmes, le rétrécissement de nos conditions de vie matérielles, et la tâche de faire face à la manière dont nous avons utilisé notre héritage énergétique unique.
[…] Je ne vais donc pas conclure en vous disant laquelle de ces perspectives est la bonne. Vous savez laquelle je défends et pourquoi. Je voudrais plutôt les mettre en relation les unes avec les autres. Les six premières comportent toutes des éléments justes et d’autres erronés. Mais ces six perspectives s’inscrivent toutes entre le plancher et le plafond des deux dernières, et c’est précisément là que réside toute notre capacité d’action. La politique, l’argent, la technologie, la foi, le sens, la manière dont nous traitons les autres créatures : voilà les domaines où nous pouvons encore changer les choses. Pas de beaucoup, et certainement pas seuls, mais ce sont les domaines où des changements sont encore possibles. Ce qui met beaucoup de gens en difficulté, c’est d’oublier que ces six perspectives s’inscrivent toutes dans les limites du dépassement écologique et de la thermodynamique.
Cela nous donne un élément à surveiller. Le critère que je proposerais pour l’avenir est de vérifier si une réponse donnée a du sens à travers plusieurs prismes à la fois, car tout ce qui ne fonctionne que dans un seul prisme est voué à l’échec. Les solutions qui ont une pérennité ou une « robustesse » (pour reprendre le terme d’Olivier Hamant) s’appliquent à travers tous les prismes. Ce sont les réponses qui pourraient, dans une certaine mesure, convenir à la fois à quelqu’un qui s’intéresse aux classes sociales, à un fidèle pratiquant et à quelqu’un qui souhaite simplement que ses petits-enfants puissent voir une baleine dans l’océan.
Je ne m’attends pas à ce que quiconque change de prisme, tout comme je ne suis pas près de changer le mien. Mais je pense que le simple fait d’être conscient qu’il existe au moins sept autres prismes dans la pièce constitue une base utile pour les conversations à venir. »
Traduit avec l’aide de DeepL.com (version gratuite).



