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Revenant d’un petit périple de trois semaines à vélo dans l’est du Québec, j’ai été attiré par le lancement la semaine dernière du livre « Jeunes et communistes. Vélo-recherche le long du Rideau de fer », de la politologue Pascale Dufour. Pourquoi ? Parce qu’elle a fait 5500 km à vélo à l’été 2023, de la Turquie à la Finlande, pour interviewer une trentaine de jeunes communistes né.es après la chute du mur de Berlin. Fascinante aventure que l’autrice a commentée lors du lancement, tant du point de vue socio-politique (des communistes proches des anarchistes, mais avec des nuances importantes), organisationnel (environ 500 courriels envoyés pour trouver ses sujets) que sportif (la chercheuse au début de la cinquantaine a fait seule ce trip à vélo de plusieurs mois) ! Le livre étant édité à la meilleure maison d’édition au monde (Ecosociété, accessoirement le même éditeur que moi…  ), j’y ai retrouvé les collègues et ami.es avec qui on a évidemment parlé de livres. Je leur expliquais ainsi que j’étais en train de lire Le monde sans fin, de Jean-Marc Jancovici (avec le bédéiste Christophe Blain, livre qui a été le meilleur vendeur en France en 2022) et que je prenais réellement conscience à quel point l’énergie était centrale dans le développement de l’humanité. On m’a alors rappelé que Victor Court avait publié chez eux sur le même sujet L’emballement du monde, une démarche très approfondie avec le même angle mais avec une forte perspective historique, comme Jancovici qui développe aussi dans son bouquin la question des bouleversements climatiques. Mais les deux invoquent d’autres disciplines (histoire, anthropologie, etc.) vers lesquelles ces deux ingénieurs de formation ont dû se tourner pour aborder ces problèmes complexes dans leur globalité. Des approches qui rejoignent tout à fait la démarche transdisciplinaire que j’appelle de mes vœux dans la 12e et dernière rencontre de mon livre. Les multiples manières dont l’être humain a comblé au fil du temps ses besoins énergétiques et comment celles-ci ont façonné nos sociétés ne peut en effet se comprendre qu’à la lumière de plusieurs disciplines.

Si vous voulez creuser ce filon, Internet regorge d’entrevues avec Jean-Marc Jancovici puisque c’est un excellent vulgarisateur qui s’est donné pour mission, comme il le dit dans le livre, « de remettre les problèmes dans l’ordre » (celui du réchauffement climatique dû en majeure partie aux combustibles fossiles se situant en haut de l’échelle, et le nucléaire, par exemple, beaucoup plus bas, ce qui ne lui a pas fait que des amis…). Son cheval de bataille, c’est donc de faire comprendre que toute transformation  d’énergie vient avec des déchets, et qu’il faut choisir les moindres, ce qui est tout à fait logique et raisonnable. Cela dit, je regrette pour ma part qu’il ne rappelle pas assez ce qu’on pourrait appeler une certaine sobriété énergétique qui permettrait de moins produire, et donc de moins consommer d’énergie. Il constate notre dépendance au pétrole, bien entendu, mais ne s’attaque pas de front à la question de nos besoins réels (et pas construits par ce monde productiviste capitaliste). C’est là où mon bouquin peut venir compléter le sien, à mon humble avis (offrant une réflexion évolutive et neurobiologique sur qui nous sommes, et ne se contentant pas comme lui de sortir simplement le « joker striatum » du chapeau à la fin de l’ouvrage; voir mon dernier paragraphe plus bas…).

En entretien sur la chaîne Youtube Limit, Victor Court y va pour sa part dans la première moitié (celle que j’ai écoutée à date, de ce vidéo de presque deux heures) d’une caractérisation en trois temps (collecteurs, moissonneurs, extracteurs) des activités humaines permettant de nous approvisionner en énergie durant la longue évolution de notre espèce. Il recule ainsi bien avant ce qu’on appelle l’Histoire, et doit faire appel à des disciplines comme la paléoanthropologie ou l’archéologie pour comprendre nos comportements passés. Il s’inspire d’ailleurs pour cela de l’ouvrage phare de l’anthropologue David Graeber et l’archéologue David Wengrow, Au commencement était… : Une nouvelle histoire de l’humanité (2021) dont je parlais aussi dans mon livre. Parce qu’ils amènent un point fondamental : que dans le passé il y a eu tout un tas d’alternatives d’organisations politiques qui ont été tentées par des sociétés plus ou moins égalitaires. Et donc que l’être humain a cette plasticité cérébrale qui lui a permis d’expérimenter bien d’autres choses que la triste parenthèse capitaliste qui sévit depuis 2-3 siècles. Cela permet de remettre en question nos sociétés actuelles et de comprendre, contrairement au slogan de Margaret Thatcher, qu’il existe bel et bien d’autres alternatives, parce qu’elles ont déjà existé.

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Bien sûr, il faudra pour ça que les humains reconnaissent mieux ce qui les animent, et je salue l’ouverture finale du livre de Jancovici sur les réflexions de Sébastien Bohler sur le striatum, cette structure cérébrale associée aux récompenses rapides pour lesquelles nous avons bien du mal à résister. Il y aurait toutefois bien d’autres aspects à faire ressortir de notre « nature humaine » (comme la coopération et l’entraide sans lesquelles nous n’existerions tout simplement pas comme espèce). Tout comme il y aurait une petite critique à faire sur le striatum comme la cause de tous nos maux. Certaines structures cérébrales sont bien entendu plus impliquées que d’autres dans nos comportements destructeurs, mais il y a bien d’autres facteurs biologiques, cérébraux et évolutifs en jeu. C’est ce que l’approche transdisciplinaire de ces auteurs de faire malgré tout, en nous permettant de mieux discerner d’où l’on vient pour mieux décider où l’on va, ou du moins où il ne faut pas aller.

 

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