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Je pensais pouvoir publier cette semaine la captation vidéo du 4e club de lecture de mon livre en suivant le rythme promis aux 2-3 semaines, mais je n’en ai pas encore tout à fait fini le montage alors ça ira au prochain billet. En attendant, et pour me libérer du temps pour terminer ce travail, je me contenterai ce matin de vous signaler la parution la semaine dernière d’un livre auquel j’ai contribué. Il s’agit d’un ouvrage collectif intitulé « Quand les grands esprits se rencontrent » coordonné par Normand Baillargeon et Normand Brais. L’approche n’est pas nouvelle mais souvent surprenante : faire dialoguer deux personnes, ici des scientifiques d’un même domaine, qui ont vécu à deux époques différentes. On a par exemple dans le bouquin des duos qu’on pourrait qualifier de classiques comme Aristote et Galilée, Newton et Einstein, ou encore Darwin et Mendel. Mais aussi des plus inusités, comme Alan Turing et Joshua Bengio, la physicienne du siècle des Lumières Émilie du Châtelet et l’astronome du XXe siècle Vera Rubin, ou encore… Henri Laborit et Francisco Varela qui auraient soupé ensemble, épiés en plus par deux types louches à la table d’à côté ! Je ne crois pas laisser planer grand suspens sur l’auteur de ce dernier dialogue… 

Car lorsqu’on m’a approché il y a un an pour participer à ce projet, je me souviens avoir été réticent à l’idée de mettre des mots dans la bouche de personnages décédés. Mais que, peut-être, les deux seules figures scientifiques que je connaissais suffisamment pour le faire aurait été Laborit et Varela. Malheureusement pour moi vu la somme de travail que ça a demandé, ils ont accepté… Cela dit, je ne suis pas à plaindre car j’ai eu beaucoup de plaisir à faire ça, entraîné quand même un peu à ce petit jeu par une certaine brique de 560 pages entièrement dialoguée et publiée un an plus tôt !

Je vous copie ci-dessous le prologue de ce dialogue d’une vingtaine de pages. J’espère que cette mise en contexte vous mettra l’eau à la bouche pour lire la suite en vous procurant l’ouvrage. Un geste qui joint en plus l’utile à l’agréable puisque les auteurs verseront la totalité de leurs redevances à la Fondation pour l’alphabétisation. Cela dit, si votre budget ne vous en permet pas l’achat actuellement, revenez voir sur ce blogue après la vie en librairie du bouquin (qui est de l’ordre d’une année dans les meilleurs cas…) car je finirai par y mettre mon dialogue au complet. Mais pour l’instant, petit voyage dans le temps, pas trop lointain dans mon cas, seulement au début des années 1990…

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Prologue

Laborit et Varela se sont rencontrés une seule fois, le 9 décembre 1992. Ils s’étaient réunis avec quelques autres chercheurs dans le laboratoire de Laborit, à l’hôpital Boucicaut, à Paris, suite à une invitation de Michèle Duzert, une pédagogue atypique. Cette dernière, pressentant qu’il pourrait s’agir d’une rencontre importante, en avait organisé la captation vidéo.

J’ai appris l’existence de cette vidéo en échangeant avec Michèle Duzert lors du tournage de mon film « Sur les traces d’Henri Laborit » (2016). Je fus d’abord désolé d’y constater, à un moment de leur échange qui devait porter sur l’éducation, une opposition farouche de Varela face à l’approche mise de l’avant par Laborit qu’il considérait comme « réductionniste ». Je m’aperçus ensuite que ce « clash » était au fond des plus intéressant et j’en fis finalement l’énigme principale de mon long métrage.

Sans vouloir en divulgâcher la fin, disons que je me risquais à évoquer quelques facteurs généraux ayant pu contribuer à cette mésentente. J’aurais aimé creuser davantage la question, et j’entrevoyais même une suite possible à ce film pour le faire. Et puis la pandémie est arrivée, et le projet de mon livre « Notre cerveau à tous les niveaux. Du Big Bang à la conscience sociale » s’est plutôt imposé, avec ses nombreuses rencontres avec mon ami Yvon D. Ranger qui ont servi de canevas au bouquin. Ce dialogue entre un vulgarisateur scientifique et un cinéaste militant, qui ne fut pas exempt de remises en questions mutuelles non plus, m’avait toutefois convaincu de la valeur pédagogique de ce procédé.

Donc quand on m’a approché avec le concept de ce livre, j’y ai vu l’occasion de renouveler ce plaisir de la forme dialoguée. Mais entre qui et qui ? On me donnait en exemple Ptolémée et Copernic, ou Newton et Einstein. Pour ne pas faire dire n’importe quoi aux morts dans ce genre d’exercices, je pense qu’il faut les connaître comme s’ils nous avaient tricoté. Et j’ai tout de suite compris qu’il n’y en avait que deux avec qui mon parcours avait été « tissé serré » de la sorte. Vous vous doutez bien maintenant de qui il s’agit…

C’est donc en repensant à ce « rendez-vous manqué de 1992 » que j’ai eu l’idée du point de départ de la discussion imaginaire que vous allez maintenant lire entre Laborit et Varela. Que serait-il arrivé s’ils avaient eu plus de temps pour se comprendre ? Sans la pression d’un facilitateur qui voulait peut-être un peu trop forcer la bonne entente ? (vous comprendrez l’allusion si vous visionnez le vidéo de leurs échanges…)

Je vous propose donc ici la suite de cette fameuse rencontre tel que mon cortex associatif a pu l’imaginer, dans un bistrot où Laborit et Varela auraient décidé d’aller souper après leur discussion au labo.

Et comme mon cortex a tendance, au niveau des associations, à en faire toujours plus que moins, vous aurez droit pour le même prix (!) à un autre niveau de lecture tout au long de l’échange grâce à un petit pastiche de l’émission « L’autre midi à la table d’à côté », une formule éprouvée depuis 2005 où deux personnes viennent commenter sporadiquement la discussion entre deux personnalités publiques qui lunchent « à la table d’à côté » dans le même restaurant. La toute première diffusée sur les ondes de Radio-Canada entre Pierre Falardeau et Pierre Foglia demeure mémorable, mais des dizaines et des dizaines ont suivi, d’abord à la radio puis à la télévision. Je vous laisse découvrir en temps et lieu nos deux voisins de table…

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