Un diamant rose de près de 25 carats a été vendu pour la somme de 46 millions de dollars lors d’une vente aux enchères organisée par Sotheby's à Genève.

Ce record mondial pour la vente aux enchères d’une pierre précieuse surpasse largement le record précédent de 24 million de dollars, établi en 2008 pour la vente d'un diamant bleu de 35,6 carats. Le fait que le diamant rose se soit vendu pour presque deux fois plus que le bleu, tout en étant de plus petite taille, s’explique par le fait que cette couleur rose est extrêmement rare parmi les diamants. J'ai toujours été fasciné par la science des pierres précieuses. D'ailleurs, nous nous penchons sur celle-ci dans l’un des cours que nous donnons à McGill sur les applications de la chimie. (http://cool.mcgill.ca/Gemstones).

Parmi les pierres précieuses, c’est le diamant dont la composition chimique est la plus simple. Le diamant est constitué uniquement d'atomes de carbone disposés selon une forme tétraédrique compacte*. Cette structure explique pourquoi le diamant est le plus dur de toutes les pierres précieuses. L'autre forme principale sous laquelle on retrouve le carbone dans la nature est le graphite. Dans ce cas, les atomes sont disposés en couches planes et il y a très peu d'interaction entre les couches. C'est du graphite que l’on retrouve dans les mines de crayon. Lorsque l’on écrit, les couches se détachent facilement l'une de l'autre et se déposent sur le papier. Du point de vue thermodynamique, le graphite, moins ordonné que le diamant, est la forme la plus stable des deux. En fait, si vous lisez ce texte avec un diamant à un doigt - si vous avez la chance d'en posséder un -, sachez que celui-ci se transforme spontanément et doucement en mine de crayon! Le mot-clef est « doucement ». Vous n'avez pas à vous inquiéter avant quelques millions d'années.

Tout comme le diamant se transforme en graphite automatiquement, il est possible d'effectuer l'opération inverse avec les conditions énergétiques adéquates. C’est ainsi que des diamants synthétiques sont aujourd’hui couramment produits, surtout pour le marché industriel. On les emploie entre autres pour le forage. Prenez par exemple ces mineurs chiliens prisonniers d’une mine pendant plus de deux mois. On les a secourus à l’aide de foreuses dont les têtes sont constituées de milliers de diamants. Il est également possible de produire des diamants synthétiques comme bijoux. Ceux-ci, chimiquement identiques aux diamants d’origine naturelle, sont très difficiles à distinguer de ces derniers. L’on notera toutefois que les diamants synthétiques, produits dans des conditions contrôlées, sont d'apparence plus uniforme que les diamants naturels.

Les diamants synthétiques peuvent être produits à partir de n'importe quelle source de carbone. Pour ceux que cela intéresse, des compagnies comme LifeGem® vous proposent de convertir en diamant les restes carbonisés d'êtres chers. Ces diamants, dits commémoratifs, sont dérivés soit du carbone présent dans les cendres après la crémation ou de mèches de cheveu. Leur taille varie en fonction des quantités de « matériau » disponibles. Cela va de diamants de 0,1 carat pour environ 2 500 dollars jusqu'à des pierres de plus de 1,5 carat pour environ 20 000 dollars. C'est peut-être dispendieux mais quel bonheur d'avoir votre bien-aimé(e) autour de votre doigt pour la vie!

Les diamants et les pierres précieuses sont généralement incolores. C'est la présence d'imperfections qui explique ces couleurs qui leur donnent de la valeur. Les imperfections peuvent être le résultat d'impuretés d'ordre chimique. Pour les diamants jaunes, il s'agit d'atomes d'azote distribués à travers le cristal alors que pour les diamants bleus, ce sont des atomes de bore ou de titane. Par contre, dans le cas des diamants roses, comme celui qui vient d'être vendu, la couleur provient d'un défaut dans la structure cristalline. Ces défauts de structure peuvent également être obtenus en exposant les diamants dans un réacteur nucléaire. C'est ainsi que sont créés synthétiquement les très rares diamants verts. Le processus est délicat. Il y a quelques années, on a retrouvé sur le marché des diamants verts radioactifs.

Le diamant bleu le plus célèbre est le Hope. D'après la légende, il aurait été dérobé au 18e siècle de la statue d'une idole indienne. Le bijou porterait donc malheur à tous ceux qui ont la malchance d'en être propriétaire. C’est peut-être vrai... Jean-Baptiste Tavernier, le marchand qui ramena le diamant de l’Inde, mourut déchiqueté par des chiens en Russie. Sous le nom de Bleu de France, le bijou devint ensuite la propriété de Marie-Antoinette, qui, comme on le sait, finit sous la guillotine. En 1830, le diamant se retrouva chez un banquier anglais, Thomas Hope, d’où son nom. Cela ne lui a pas porté bonheur car peu après en avoir fait l’acquisition, il perdit toute sa fortune en raison de revers financiers. Le Hope poursuivit son chemin en continuant de semer le malheur. Parmi ses propriétaires, on retrouve le marchand Jacques Colet, qui se suicida, et le prince Ivan Kanitovitch, qui mourut assassiné par des révolutionnaires russes. Ensuite, le sultan turc Abdul Hamid fut renversé par un coup d'état et le marchand grec Simon Montharides se tua dans un accident de voiture dans lequel périrent aussi sa femme et sa fillette. Le Hope traversa ensuite l'Atlantique. Il se retrouva entre les mains d'une riche Américaine, Evalyn Walsh McLean, dont le fils se tua dans un accident de voiture et la fille mourut d'une surdose de drogue. Quant à son mari, il finit ses jours dans un asile. Le Hope fut racheté en 1948 par le célèbre joaillier Harry Winston. Celui-ci, peut-être par prudence, l'offrit au gouvernement américain en 1958. Depuis ce temps, il est abrité au Smithsonian Institute de Washington. Mais voyons ce qui est arrivé aux États-Unis depuis : la guerre du Vietnam, les émeutes raciales de Los Angeles, les guerres d'Irak, et maintenant la crise économique...

_______________________________________________________________________________________________ * C'est le chimiste Lavoisier qui fut le premier à déterminer la composition du diamant. À l'aide d'une loupe, il concentra les rayons solaires sur un diamant placé sous une cloche en verre. Après que le diamant, sous l'influence de l'énergie solaire, fut complètement consumé, Lavoisier détermina que le seul composé présent était du gaz carbonique (CO2), indiquant ainsi à Lavoisier que le seul élément du diamant est le carbone. Donc, si vous voulez être certain(e) que votre ami de cœur vous a offert un vrai diamant, brûlez-le. S'il ne produit que du gaz carbonique, vous pouvez être certaine que C'ÉTAIT un vrai diamant!

- Le site de l' Organisation pour la science et la société de l'Université McGill .