Comme beaucoup de ceux qui s’inquiètent des dangers associés à la prolifération des armes nucléaires, j'ai suivi de près les péripéties des négociations entre l'Iran et les pays dits du « P 5+1 » (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Maintenant que l’accord a été signé, le débat se poursuit.

D'un côté, certains en Israël et aux États-Unis s'inquiètent que l'accord ne contienne pas assez de garde-fous pour empêcher que l'Iran n’accède à l'arme nucléaire. Du côté iranien, l'accord est attaqué par les conservateurs qui estiment que leurs négociateurs ont fait trop de concessions.

Dans ces conditions, on pourrait estimer que si l'accord est attaqué des deux côtés, cela veut dire qu'il est équilibré et offre la meilleure solution possible au problème. Mais si on regarde ceci de plus près, cela suggère que c'est peut-être l'Iran qui a fait la concession la plus importante, même si c'est à longue échéance.

Un peu d’histoire… Le phénomène de fission qui libère énergie nucléaire, se produit lorsque des neutrons bombardent des noyaux d’uranium-235 ou de plutonium-239.

Pour la première explosion nucléaire — un essai au Nouveau-Mexique le 16 juillet 1945 —, c’est le plutonium qui a été utilisé. La première bombe atomique, celle larguée sur Hiroshima le 6 août 1945 a fait quant à elle appel à l’uranium, alors que celle qui a détruit Nagasaki trois jours plus tard contenait du plutonium.

Mais depuis c’est quasiment seulement le plutonium que l’on retrouve dans les ogives nucléaires, y compris les bombes thermonucléaires (bombe H). Dans ce dernier cas, c'est la fission du plutonium qui déclenche la fusion des isotopes d'hydrogène. La raison de la suprématie du plutonium est simple : il est beaucoup plus performant que l'uranium. Alors que pour ce dernier la masse critique (la quantité minimum requise pour initier le processus de fission) est de l'ordre de 15 kg, pour le plutonium c'est trois fois moins, environ 5 kg.

Tout cela pour vous dire que j'ai été surpris de découvrir, alors que l'Iran s'est battu pour conserver le maximum de son programme basé sur l'uranium, qu'elle avait accepté que son programme de production de plutonium, plus « sophistiqué », soit complètement bloqué. L'Iran, jusqu'à présent, avait toujours affirmé que le complexe nucléaire d’Arak n'était pas conçu pour produire du plutonium, mais des isotopes médicaux. Une idée difficile à accepter lorsque l'on sait que le site était protégé par de nombreuses batteries anti-aériennes! Des précautions compréhensibles lorsque l'on sait que l'aviation israélienne avait détruit des sites semblables en Irak en 1981, et en Syrie en 2007.

Il n'est pas clair pourquoi l'Iran a accepté d'arrêter la production de plutonium. Il se peut qu'elle soit satisfaite démontrer qu'elle est capable de produire une arme atomique, même si ce n'est pas la meilleure route. L'avenir nous dira si cela est le cas.

MAJ (15 septembre 2015) : la Corée du Nord a annoncé qu'elle redémarrait son réacteur de production de plutonium à la centrale de Yongbyon. D'après les experts, le réacteur est capable de produire 6 kg de plutonium par an, une quantité suffisante pour une bombe atomique. Cette course à la production de plutonium par la Corée du Nord s'explique dans le cadre du programme de miniaturisation de leurs engins nucléaires. Une condition nécessaire pour leurs transports par les missiles développés par la Corée du Nord.