Je suis aujourd’hui journaliste scientifique. Mais j’ai commencé mes études par une école d’ingénieur et j’ai ensuite fait un doctorat en astrophysique. Alors, pourquoi voulais-je faire de la recherche ?

Le métier d'ingénieur m'est finalement apparu trop technique et trop répétitif. Ça peut convenir à beaucoup de monde, et c’est très utile pour développer nos technologies. Mais un ingénieur apprend des méthodes, des techniques, des recettes, à réutiliser et à adapter : on ne demande pas à un ingénieur d’inventer de nouveaux procédés, de découvrir des propriétés ou le fonctionnement de l’univers. Et ça me manquait un peu. Je voulais bien construire un satellite apte à faire ce dont les astronomes avaient besoin. Mais je préférais être cette astronome et me demander comment comprendre l’univers, plutôt que comment construire tel instrument qui permettrait de comprendre l’univers.

Pour être honnête, je m'en suis doutée très vite. J'avais aussi choisi cette école car elle me permettait de faire éventuellement un master recherche à la fin dans un domaine qui me tentait bien, l’astrophysique. Ce que j’ai finalement fait. Je crois que j'ai toujours voulu m’octroyer une porte de sortie, au cas où, même si je pensais honnêtement que le métier d’ingénieur pour lequel je me préparais déjà en prépa me suffirait. Visiblement, j’avais tort !

Et une thèse était la suite logique, évidente, d'un master recherche.

Pendant mes années de prépa et d'école d'ingénieur, je m'étais quand même découvert des affinités avec l'informatique : faire des simulations numériques et travailler avec des ordinateurs me plaisaient bien. J'ai donc cherché à garder cet aspect du travail dans ma thèse. D'autre part, j'avais déjà passé trois ans à Toulouse et j'avais envie de bouger un peu à nouveau. J'avais fait une année de césure à Paris entre ma deuxième et ma troisième années d'école d'ingénieur et la ville m'avait plu. J'ai donc cherché un sujet de thèse avec simulations numériques et à Paris. J'ai obtenu de faire ma thèse au CEA à Paris (enfin, à Saclay) sur des étoiles particulières appelées « céphéides », qui ont la particularité de gonfler et dégonfler de façon rapide et périodique. L'idée était de les modéliser numériquement (bien sûr avec un modèle simplifié) et cela promettait beaucoup de codage et de simulation numérique. Notons qu’avoir un diplôme d’ingénieur a aussi facilité l’entrée au CEA, qui bizarrement aime bien les ingénieurs et moins les personnes formées à l’université (alors que pour ces dernières, la recherche était sans doute un plan A et non un plan B…)

Mais avant de pouvoir commencer, il m'a fallu finir mes études à Toulouse et faire mon stage de master (qui comptait aussi comme stage de fin d'étude pour Supaéro : pratique !). Le sujet était aussi un peu tourné vers les simulations numériques, puisqu'il s'agissait de comparer des résultats de simulations numérique de fusions de galaxies aux observations réelles de ces phénomènes. J'avais beaucoup aimé mes cours sur les galaxies pendant le master et j'ai adoré travailler sur les collisions de galaxies, qui font de magnifiques photos d'astro ! Un sujet super, des encadrants intéressants et impliqués, un séjour de plusieurs mois à Oxford en prime : j'en ai presque regretté mon choix de thèse... Mais les méthodes d'analyse de données des observations m'ont parue trop approximatives, pas assez cartésiennes pour moi (ce qui explique aussi mon attrait pour l'informatique, carré et précis !). Ce stage m'a donc permis, entre autres, de confirmer mon envie d'une thèse très numérique, éloignée des observations.

Il m'a aussi aidé à comprendre le monde la recherche et ses difficultés. En particulier, j'ai pu réaliser pour de bon à quel point la crise avait fait mal à la recherche française et européenne (mais c'était aussi le cas dans le reste du monde). Je savais donc avant de commencer qu'une thèse ne me donnerait pas forcément un travail et que la lutte pour les rares places serait arde. Cependant, je croyais encore à ce moment que la crise et ses conséquences se seraient arranger d’ici la fin de ma thèse ou seraient au moins sur la bonne voie. Ce qui était fort naïf !

Ma thèse s'est révélée pas assez numérique non plus ! Il s'agissait en fait beaucoup de débugger un code pré-existant, de l'adapter et de l'utiliser. J'aurais bien aimé pouvoir créer un code à moi également. Cependant, ces trois années m'ont appris beaucoup : des astuces de codage, la volonté d'essayer et de réessayer, d'avoir sans cesse un oeil neuf et de regarder dans l’autre sens ou sous un autre angle les mêmes questions. J'ai appris à décortiquer un problème, à l'analyser, à me poser les bonnes questions, à aller jusqu’au bout d’un raisonnement... J'ai rencontré beaucoup de monde et me suis fait de bons amis. J'ai dû travailler sur ma timidité pour parler en public en conférences, j'ai pu voyager un peu en France mais aussi par exemple à Budapest. Et le tout sans café !

J'ai donc adoré ma thèse (un peu moins l'encadrement dont j'ai pu bénéficier, qui n'était pas celui dont j'avais besoin...) et mon sujet aurait pu être un sujet d'avenir. J'aurais donc pu continuer dans la recherche si j'avais voulu et j'aurais peut-être réussi.

La vraie question maintenant est donc : pourquoi ai-je changé de voie pour devenir journaliste scientifique ?