Après 50 ans d’explorations spatiales, il est temps de réfléchir à un nouveau modèle pour les 50 prochaines années. Car l’espace n’est plus le Far-West : il est en voie d’être surpeuplé... et militarisé.

Des centaines de satellites tournent au-dessus de nos têtes. Téléphonie cellulaire, télévision, navigation, GPS, Internet, transactions boursières, météo, agriculture... Par rapport à 1957, l’espace, du moins l’orbite terrestre, a cessé d'être le théâtre d'une course entre deux nations pour devenir partie intégrante de la mondialisation. Sans ces satellites, une bonne partie de notre société cesserait de fonctionner du jour au lendemain.

En contrepartie, certains secteurs de l’orbite terrestre sont devenus surpeuplés. Le constat ne date pas d’hier, mais chaque année qui passe le rend plus grave : l’orbite dite géostationnaire, celle privilégiée pour les télécommunications, est en voie de devenir un stationnement où chaque place se monnaie à prix d’or —et les pays les plus pauvres qui ne seront pas là-haut avant deux ou trois décennies, craignent, avec raison, qu’il n’y ait plus de place pour eux.

Par ailleurs, en-dehors de ces centaines de satellites fonctionnels, on estime à plus de 700 000 le nombre de débris, du boulon jusqu’au satellite tombé en désuétude, qui tournent et représentent autant de dangers pour la « navigation ». Une collision avec un simple boulon, et la carrière d’un satellite se termine.

Résultat : plus que jamais, des lois et règlements sur le « civisme » dans l’ex-Far-West sont de rigueur.

Militarisation de l’espace

Outre le surpeuplement, un autre problème pourrait bien devenir lui aussi dominant au cours des prochaines 50 années : la militarisation de l’espace. Bien que les premiers satellites-espions remontent aux années 1960, et bien que les projets du type « Star Wars » remontent aux années 1980, on n’a encore rien vu, préviennent David Wright et Laura Grego, de l’Union of Concerned Scientists.

Il n’y a toujours pas d’armes là-haut : qui peut garantir qu’il en sera encore ainsi longtemps? La guerre froide a pris fin sans qu’il ne soit nécessaire de mener la guerre en orbite, mais la Chine, qui s’impose comme une puissance spatiale, annonce autant d'avancées civiles que militaires : en janvier dernier, elle a dévoilé avec fierté le succès d’une arme antisatellite, c’est-à-dire une arme capable d’abattre un satellite en orbite —ce qui n’a rien pour rassurer les États-Unis.

« Quand vous êtes dans une position dominante, vous essayez de la garder », résume simplement Vincent Sabathier, du Centre d’études stratégiques et internationales, basé à Washington.

Ainsi, le projet Bush d’un retour sur la Lune est né parallèlement aux premiers succès chinois dans l’espace; et les développements récents de nouveaux programmes spatiaux en Europe et au Japon sont en partie la conséquence des retards chroniques de la station spatiale, censée pourtant être un modèle de coopération internationale (incidemment, les États-Unis refusent toujours de voir la Chine se joindre au consortium de la station spatiale).

« La crainte, écrit Wright, qu’un contrôle de l’espace puisse fournir un avantage militaire, peut déclencher une course aux armements spatiaux. Cela détournerait des ressources économiques et politiques qui auraient pu être employées à régler d’autres problèmes », comme la lutte contre la prolifération nucléaire ou le terrorisme. Sans compter que cela provoquerait de nouveaux motifs pour une crise —comme de partir en guerre contre un pays qui aurait abattu le satellite qui le surveillait.

Il est plus que temps de réaliser qu’on n’est plus à l’époque héroïque du Spoutnik et du débarquement sur la Lune et qu’un « nouveau modèle pour l’espace » est nécessaire, conclut Wright, dont l’organisme, l’Union of Concerned Scientists, qui rassemble des milliers de scientifiques américains, est connu pour ses prises de position politiques.

« Ce nouveau modèle doit refléter notre monde moderne et interconnecté. Il nécessite une nouvelle ossature pour réglementer le trafic spatial, pour distribuer les ressources équitablement » mais aussi un embargo sur des armes anti-satellites.

La question est dans l’air depuis un bout de temps : c’est depuis 1994 que des pays, dont les États-Unis, s’opposent à l’ouverture de négociations sur le contrôle des armes spatiales...