Plutôt qu’une taxe sur le sucre, une taxe sur la viande ? Des chercheurs américains et britanniques évaluent les bénéfices possibles à des dizaines de millions de dollars par an en soins de santé, et plus de 200 000 vies sauvées.

Le calcul part du principe que la consommation de viande rouge est associée à un risque accru de problèmes cardiaques et de diabète de type 2. Mais le calcul fait aussi le pari qu’une hausse du prix de la viande se traduirait par une baisse de la consommation.

Dans leur étude, parue dans la revue PLOS One, les auteurs estiment ainsi qu’une taxe moyenne de 20 % sur la viande non transformée et de 110 % — celle-ci, uniquement dans les pays riches — sur les produits jugés plus à risque, comme le bacon, pourrait réduire le nombre de morts de 220 000 à travers le monde. Leurs chiffres, qui tiennent en compte une éventuelle taxe dans 149 pays, utilisent une méthode appelée, en économie, « taxation optimale », selon laquelle il existerait un seuil « idéal » où la facture supplémentaire (ici, une taxe) se traduit par des bénéfices économiques équivalents (ici, la réduction des coûts de santé). Ils prennent aussi en compte la possibilité que les 20 % et 110 % soient une moyenne, ajustée en fonction du taux de consommation de viande propre à chaque pays. Les États-Unis sont en tête du classement.   

Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, un habitant moyen d’un pays riche mange une portion de viande par jour ; la hausse des prix pourrait en théorie réduire cela à deux portions par semaine.

Plusieurs types de propositions pour taxer le sucre circulent depuis des années, et certaines ont été mises en vigueur par des gouvernements, comme en Grande-Bretagne, ou au Mexique, en particulier sur les boissons sucrées. Mais l’idée d’une taxe sur la viande est restée jusqu’ici cantonnée au rang des hypothèses économiques et des recommandations de certains groupes écologistes. Ces derniers avancent l’argument de l’empreinte écologique que fait peser sur la planète la production de viande, mais l’argument de l’impact sur la santé est susceptible de rejoindre un public différent.

L’opposition des citoyens à une taxe sur la viande avait été explorée par une enquête britannique, en 2015, qui constatait une forte opposition… laquelle avait tendance à diminuer lorsque les conséquences de notre consommation de viande étaient expliquées.