En Australie, deux enfants non vaccinés ont contracté la diphtérie, une maladie mortelle dans 10% des cas. Ce sont les premiers cas dans le pays depuis plus de 20 ans. À New York le 21 juillet, on rapportait le premier cas de polio en neuf ans, chez un jeune adulte non-vacciné. 

Et dans plusieurs autres pays depuis l’an dernier, des pédiatres et des experts en santé publique questionnent l’impact négatif qu’ont pu avoir, sur la vaccination infantile régulière, les opposants au vaccin contre la COVID. Il est impossible de démontrer une telle relation: la diminution des taux de vaccination avait été observée avant la pandémie. Et les confinements ont suffisamment perturbé les horaires des familles pour que les campagnes de vaccination en souffrent. Mais plusieurs observateurs évoquent la vigueur des mouvements antivaccins, à qui la pandémie a donné une audience élargie sur les médias sociaux.

« J’appelle ça la contagion parallèle »,  déclare à l’Agence France-Presse le pédiatre du Texas Jason Terk. « Elle semble avoir son origine dans l’hésitation à la vaccination contre la COVID et dans une méfiance croissante à l’égard des vaccins sur lesquels nous comptions pour nous garder en santé. » Le Texas justement, a observé une chute de près de moitié du taux de vaccination chez les moins de 5 ans entre 2019 et 2020, première année de la pandémie.

Dans le cas de la diphtérie, elle vient avec un taux de mortalité de 10%. Elle était une cause importante de mortalité infantile jusqu’aux années 1940, mais est à présent surtout signalée dans des pays faiblement vaccinés.

La maladie est causée par une bactérie, Corynebacterium diphtheriae, qui affecte la peau mais aussi, dans les cas les plus graves, la gorge et les amygdales, causant des difficultés à respirer et à avaler. Les autorités de la santé de la province australienne des Nouvelles-Galles-du-Sud ont confirmé un cas chez un enfant de 2 ans puis chez un enfant de 6 ans, de la même famille. En date du 3 juillet, le plus jeune avait été admis dans une unité de soins intensifs. Le plus vieux a quitté l’hôpital le 5 juillet. Les autorités locales signalent au passage que le taux de vaccination est plus bas dans cette province que dans le reste de l’Australie: 85% contre 90% en 2021. Ça semble peu, mais statistiquement, c’est suffisant pour augmenter le risque de voir surgir de tels cas.

« C’est une maladie qu’on associe à un temps passé », déclare au Sydney Morning Herald le directeur de UNICEF-Australie. « Nous ne l’associons pas à notre société parce que nous savons que si nous vaccinons les gens, nous arrêtons [la maladie] ».

Dans le cas de la polio, elle est considérée éliminée aux États-Unis depuis 1979 et les seuls cas, depuis, avaient été par des voyageurs qui l'avaient attrapée à l'étranger. Le patient en question, cette fois, n'aurait toutefois pas voyagé, ce qui fait craindre un virus en circulation.  

Le New York Times Magazine rapportait récemment des propos de médecins de plusieurs villes des États-Unis qui avaient eux aussi l’impression d’être plus souvent confrontés à des parents hostiles à toute forme de vaccination. « De tels doutes ont été accompagnés par, et souvent augmentés par, une érosion de la confiance en l’expertise médicale en général. » À présent, rapporte un de ces médecins, « lorsqu’il cite le Centre de contrôle et de prévention des maladies ou d’autres lignes directrices, des parents l’accusent d’être un complice —d’un mensonge et d’un plus large complot. »

 

Mise à jour: le 14 juillet, l'OMS et l'Unicef (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) publient un rapport faisant état d'une baisse inquiétante, en 2021, du taux de vaccination infantile dans plusieurs pays, spécialement les pays les plus pauvres. Le rapport, qui évalue à 25 millions le nombre d'enfants directement touchés, pointe du doigt une combinaison de facteurs, dont la pandémie, des conflits armés et des campagnes de désinformation. 

Ce texte a été mis à jour le 21 juillet avec l'ajout du cas de polio à New York.