Une résolution des Nations unies a endossé cette semaine à la quasi-unanimité une recommandation de changer la façon dont les cartes géographiques du monde sont faites depuis 450 ans.
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Tous les géographes sont conscients du problème: la carte de Mercator ou projection de Mercator, a beau être couramment utilisée, elle représente incorrectement la dimension des pays et des continents. Le cas le plus évident étant celui du Groenland, qui semble aussi gros que l’Afrique, alors qu’il est 14 fois plus petit. La communauté des géographes appuyait largement la recommandation.
Votée par l’Assemblée générale des Nations unies le 4 septembre, cette recommandation —qui n’a que le statut d’une recommandation, les Nations unies n’ayant aucun pouvoir sur les manuels scolaires ou les ministères de l’Éducation— est de remplacer cette carte par la projection « Equal Earth ». Et ce n’est pas seulement pour faire plaisir aux géographes: la projection de Mercator était depuis longtemps perçue comme ayant un impact négatif, celui d’offrir une vision biaisée au profit des pays du Nord.
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Ce qui n’était pas l’intention du cartographe flamand Gerardus Mercator: en 1569, il voulait d’abord et avant tout servir les navigateurs, à cette époque où les Européens se lançaient sur tous les océans du monde. Le fait de dessiner les méridiens comme des lignes droites facilitait la navigation d’un point à un autre: l’important était davantage de pouvoir viser juste —si on se dirigeait vers une île, une péninsule, l’embouchure d’un fleuve— et non de connaitre la dimension de l’intérieur des continents. Mercator ne pouvait pas imaginer que sa carte deviendrait la référence la plus utilisée par les gouvernements et par les écoliers du monde entier.
Il aurait encore moins pu imaginer Google Maps ou MapQuest, qui ont adopté sa projection.
Mais la distorsion ne se limite pas à la comparaison entre le Groenland et l’Afrique. L’hémisphère nord est beaucoup plus large sur cette carte, parce qu’il contient davantage de masses continentales —70% sont au nord de l’équateur. Ce qui, reprochent depuis longtemps ceux qui réclament une réforme, explique peut-être que cette projection ait plu autant aux pays les plus riches.
C’est en partie ce pourquoi la résolution a été proposée par le Togo, avec l’appui de l’Union africaine. Et c’est peut-être aussi ce qui explique que, lors du vote du 4 septembre, tandis que 164 pays appuyaient la résolution et que six s'abstenaient, un seul pays votait contre: les États-Unis.
« Les cartes n’identifient pas simplement les lieux. Elles existent aussi en tant que textes sociaux qui influencent comment nous percevons l’importance ou la centralité », commente dans la revue Nature le géographe Derek Alderman, de l’Université du Tennessee. Une recherche en 2009 avait conclu que les utilisateurs d’une carte n’ont pas tendance à corriger mentalement les distorsions, même quand elles savent que ces distorsions existent.
La « compensation » réalisée par la carte « Equal Earth », développée en 2018, repose simplement sur le fait de « courber » les méridiens, ce qui représente de façon plus réaliste les masses continentales. Rien n’est toutefois parfait, puisque cela déforme du même coup certains angles sur de petites masses, comme la Nouvelle-Zélande: aucune carte à deux dimensions d’un monde sphérique ne pourra jamais être parfaite...




