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Trois os, deux dents, mais surtout des outils de pierre révélateurs du mode de vie: un site dans le sud-ouest de la Chine est devenu le troisième à révéler une présence de longue durée de ces mystérieux cousins appelés les Dénisoviens, et le plus diversifié des trois.

C’est de plus, parmi les sites identifiés depuis 16 ans, celui qui est le plus près de régions où des Dénisoviens et des Homo sapiens ont pu se rencontrer et peut-être faire des bébés dont la descendance laisse, aujourd’hui encore, une empreinte dans notre ADN. 

Appelée grotte de Bianfu, c’est un site qui, révélé par une carrière, fait l’objet de fouilles depuis 2019. On savait déjà que des gens l’avaient occupé il y a plus de 100 000 ans, mais c’est l’identification, dans les ossements, de protéines —collagène dans les os, émail dans les dents— dont les variants sont uniques aux Dénisoviens, qui a permis de trancher

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Les deux autres sites étaient des grottes situées respectivement au Tibet et en Sibérie. C’est dans ce dernier lieu qu’en 2010, de l’ADN identifié dans un os de doigt avait permis pour la première fois de confirmer qu’une troisième espèce humaine, en plus des Homo sapiens et des Néandertaliens, avait marché en Europe et en Asie. 

Au fur et à mesure des découvertes survenues depuis, il s’est dégagé que Dénisoviens et Néandertaliens étaient de proches cousins, une branche —les Néandertaliens— s’étant dirigée vers l’Europe et l’autre —les Dénisoviens— vers l’Asie. 

Mais repérer ce qui les distingue n’aurait pas pu se faire sans les progrès de la génomique des deux dernières décennies. En termes de morphologie crânienne, ils se ressemblent. C’est plutôt au niveau de l’ADN, et plus particulièrement des protéines, qui résistent plus longtemps que l'ADN au passage du temps, qu’apparaissent ces différences. Et on a ainsi même pu mettre un visage sur les Dénisoviens : un crâne qui avait été trouvé des décennies plus tôt près de la ville de Harbin, dans le nord-est de la Chine, a été associé en 2025 aux Dénisoviens grâce à la génomique.

En ce qui concerne la grotte de Bianfu, un fragment de crâne est daté entre 167 000 et 161 000 ans, et deux autres os, de même que les dents, sont datés entre 142 et 134 000 ans. On retrouve aussi dans la grotte plus de 60 000 fragments d’os dont 1600 ont été attribués à divers animaux, qui en disent long sur ce que ces humains chassaient: ça va des rennes aux hyènes en passant par le rhinocéros et des bovins. Cela reflète un écosystème différent de celui d’aujourd’hui, constitué d'un mélange —d’après le pollen de l’époque— de forêts de conifères et de steppe, avec un climat tempéré.

Mais surtout, on retrouve plus de 1350 outils de pierre et d’os appartenant aux catégories habituelles que connaissent les experts de cette période de la préhistoire. L’étude, parue le 9 septembre dans la revue Nature, note que ces artefacts sont « relativement simples », une « technologie pratique », quand on les compare à ceux fabriqués par les Néandertaliens de la même époque. Pour la première fois, résume l’archéologue Hao Li, de l’Institut de recherche du plateau tibétain, « nous pouvons connaitre leur technologie et leur stratégie de subsistance ». 

Il se confirme donc que les Dénisoviens ont occupé de larges portions de l’Asie pendant une période relativement longue —commençant il y a peut-être 300 000 ans et s’étirant peut-être jusqu’il y a 50 000 ans. Il en reste sûrement à découvrir: parce que parmi les humains d’aujourd’hui chez qui on a identifié le pourcentage le plus élevé d’ADN dénisovien (soit 5%), on retrouve, selon une recherche publiée en juin dernier, des habitants de Papouasie-Nouvelle-Guinée et d’îles voisines.

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