La jeune science de l’attribution dérange-t-elle? Ces dernières années, des chercheurs au sein de cette sous-discipline des sciences du climat, ont noté une hausse anormale des demandes d’accès à leurs informations personnelles, de la part de groupes qui ont un intérêt à nier les dégâts causés par les changements climatiques.
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Une enquête journalistique de la revue Nature parue le 19 octobre révèle au moins 30 demandes légales faites depuis 2024 auprès de 13 universités publiques des États-Unis pour obtenir les courriels de chercheurs associés à la science de l’attribution. Plusieurs de ces requêtes émanent d’une firme d’avocats disant représenter la Fondation Patriote, un organisme qui se décrit sur son site web comme un « chien de garde ». En septembre, au terme d’une recherche similaire, le magazine Politico avait identifié 100 requêtes de ce type effectuées depuis 2021 —dont plus de la moitié depuis le début de 2025— liées plus largement à des dommages causés par les changements climatiques.
Certaines des requêtes identifiées par les deux publications pourraient être les mêmes. Politico avait également mis à jour plusieurs liens entre la Fondation Patriote et des groupes de l’industrie des carburants fossiles.
Qu’est-ce que la science de l’attribution?
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On désigne par « science de l’attribution » ou « attribution des événements extrêmes » cette discipline qui tente de distinguer la part de la responsabilité humaine dans les catastrophes récentes. Par exemple, les recherches du consortium de scientifiques World Weather Attribution ont ciblé jusqu’ici près d’un millier d’événements ou tendances météorologiques, comme des inondations majeures ou des tempêtes dévastatrices, pour tenter d’estimer la probabilité qu’auraient eu ces épisodes s’il n’y avait pas eu de réchauffement climatique depuis un siècle.
Ces efforts répondent à une vieille question souvent posée aux climatologues depuis les années 1990 : tel événement est-il causé par le réchauffement? Et ils ouvrent la porte sur une autre vieille question: un pays touché par une catastrophe naturelle pourrait-il attribuer une part de responsabilité à un autre pays ou à une compagnie pétrolière ou gazière ?
Or, écrit la revue Nature, « les requêtes semblent être une partie d’un effort croissant » mené par des groupes liés aux carburants fossiles « pour discréditer les découvertes dans le domaine en plein essor de la science de l’attribution climatique ». Qui plus est, ces demandes arrivent à un moment où des poursuites judiciaires contre les grands émetteurs de gaz à effet de serre intègrent effectivement la science de l’attribution dans leur argumentaire.
Politico faisait le même parallèle le mois dernier: ce n’est que la plus récente stratégie « d’une campagne de plusieurs décennies menée par des groupes conservateurs pour discréditer des universitaires dont le travail pourrait persuader des juges et des jurys » dans ces poursuites judiciaires. Un des organismes les plus souvent impliqués dans ces demandes d’accès aux informations, après la Fondation Patriote, est le Government Accountability & Oversight, qui a lui aussi des liens avec l’industrie fossile, et qui a, sur son blogue, qualifié ces chercheurs « d’activistes ».
L’accélération des demandes depuis le début de 2025 pourrait être liée au fait que le gouvernement Trump ne cache pas son désir de bloquer certaines de ces poursuites : la plupart en sont au stade préliminaire, ce qui veut dire qu’un juge n’a pas encore statué si la poursuite peut aller de l’avant devant un tribunal. Aucune des autres poursuites n’a encore conduit, aux États-Unis, à obliger une compagnie du secteur des carburants fossiles à payer pour des dommages.
« Je n’ai jamais vu autant de requêtes d’accès à des documents publics dans un aussi court laps de temps », commente dans Politico la directrice du Fonds de défense légal des sciences du climat, Lauren Kurtz —un organisme créé en 2011 dans le but de protéger un débat libre et ouvert sur la question.
La grande majorité des scientifiques ciblés par ses requêtes ne sont même pas impliqués dans les poursuites judiciaires. Ils ont simplement publié des études associant réchauffement climatique et événements météorologiques majeurs, ou ont fait de la vulgarisation à ce sujet. Mais le travail qu’implique l’obligation de rassembler toute la documentation pour répondre à une telle requête, en plus des échos des tracas causés chez des collègues, pourrait avoir un effet négatif sur le domaine: enlever le goût à certains de poursuivre les recherches, ou nuire au débat entre scientifiques.



