En 2010, le Pr Torbjörn Ramqvist et ses collègues de l'Institut Karolinska (Suède), ont soutenu que les infections au virus du papillome humain transmis lors de rapports bucco-génitaux (sexe oral) causaient de plus en plus de cancers bucco-pharyngés, c.-à-d. de la bouche et de la gorge. Or, ceci vient d’être corroboré par des médecins américains et le Dre Maura Gillison, professeure de médecine à l'Université d'Ohio, en a fait l’annonce à Washington lors de l'assemblée annuelle de l'Association américaine pour l'avancement de la science (AAAS).

Les cancers bucco-pharyngés se forment habituellement dans les cellules de la bouche situées à l’arrière de la cavité buccale. Le cancer des amygdales – dont le taux s’est multiplié par 7 au cours des 30 dernières années – ainsi que celui de la base de la langue, représentent 90% des cancers de cette région. Le responsable de ce phénomène est le virus du papillome humain – un virus transmissible sexuellement par le toucher – déjà connu pour être la première cause de cancer du col de l'utérus et pour engendrer d’autres infections cutanées de la région ano-génitale.

Comme l’a indiquée la Dre Bonnie Halpern-Felsher, professeure de médecine pédiatrique à l'Université de Californie lors de l’assemblé de l’AAAS, les rapports bucco-génitaux sont les pratiques sexuelles les plus courantes chez les adolescents américains. Or, c’est durant ce type de contact que le VPH infecte la bouche et la gorge. Pour sa part, la Dre Gillison indique que les personnes porteuses du VPH ont 32 fois plus de risques de développer un cancer bucco-pharyngé, que le reste de la population. En comparaison, le fait de fumer augmente par 3 fois le risque de développer ce type de cancer. De plus, ce risque est majoré chez les adolescents actifs sexuellement et les personnes qui ont eu plus de 6 partenaires durant leur vie multiplient par 8 le risque de développer un cancer lié au VPH. Au total, les cancers de la cavité buccale et de la gorge ont progressé de 225 % de 1974 à 2007. La progression la plus rapide a été constatée chez les jeunes hommes de race blanche.

Ces récentes recherches ont amené le Centre international de recherche sur le cancer, à reconnaître les infections buccales à papillomavirus comme un facteur de risque pour le cancer bucco-pharyngé, aux mêmes tires que le tabagisme et de la consommation d'alcool. La Dre Gillison affirme par contre que ces études doivent être confirmées par d'autres recherches, mais selon elle les messages de prévention concernant ce type de cancer devraient quand même inclurent les pratiques sexuelles bucco-génitales. Il est à noter toutefois que le risque absolu de développer un cancer bucco-pharyngé demeure faible et que ce type de cancer est souvent guérissable s'il est traité suffisamment tôt.

Source: Agence France-Presse

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Patrick D. Paquette, microbiologiste, RMCCM Consultant en prévention des infections

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