Durant les chaudes semaines de l’été, la température et l’humidité rendent souvent l’air des grandes villes irrespirables. Un système de climatisation est souvent de mise pour lutter contre les inconvénients de ces grandes chaleurs, surtout en période de canicule. Efficaces certes, il faut toutefois savoir que les systèmes de climatisation ne sont pas sans danger. Défectueux ou mal entretenus, ils peuvent devenir un lieu de prédilection pour la croissance des légionelles.

QU’EST-CE QUE LA LÉGIONELLOSE? La bactérie Legionella pneumophila est – parmi la quarantaine d’espèces de légionelles connues – celle qui est responsable de la majorité des cas de légionelloses humaines. La légionellose est une infection pouvant se présenter sous deux formes cliniques différentes. La première est connue sous le nom de « maladie du légionnaire » et est caractérisée par une infection respiratoire sévère, pouvant dégénérer en pneumonie. La deuxième forme « la fièvre de Pontiac » est une infection extra-pulmonaire plutôt bénigne, analogue à un syndrome grippal. Bien que la légionellose se déclare plus communément vers la fin de l’été, elle peut se manifester à n’importe quel moment de l’année. Dans tous les cas, il ne s’agit pas d’une infection contagieuse, car il n’y a pas de transmission directe d’humain à humain.

Le nom de cette maladie et par extensions de la bactérie, vient des circonstances dans lesquelles elle a été découverte. En effet, c’est en 1976 que le nom de maladie du légionnaire a été employé pour la première fois, alors que près de 200 délégués participant à un congrès de l’American Legion à Philadelphie sont tombés mystérieusement malades.

Après avoir écarté l’hypothèse d’une toxi-infection alimentaire, les autorités sanitaires ont conclu que cette infection respiratoire avait été causée par l’inhalation de bactéries provenant du système de climatisation de l’hôtel. Cette maladie reçut le nom des premières victimes qu’on lui connait, des légionnaires!

LES SOURCES D’EXPOSITION ET CONTAMINATION Les légionelles sont retrouvées à travers le monde. Elles vivent et prolifèrent dans les eaux douces et les sols humides. Lorsque les conditions pour leur développement sont réunies, les légionelles peuvent coloniser les milieux aquatiques artificiels mal entretenus ou défectueux. Il s’agit de systèmes où l’on retrouve de l’eau stagnante à moins de 50°C. Les installations les plus vulnérables sont les circuits de distribution d’eau, les réservoirs à eaux chaudes, les tours de réfrigération, les humidificateurs, les systèmes de climatisation, les bains-tourbillon, les spas et jacuzzi, les pommeaux de douche, les piscines, les fontaines, etc. Les microgouttelettes d’eaux générées par ces installations disséminent les légionelles dans l’air que nous respirons. Les microgouttelettes peuvent aussi s’introduire dans le système de ventilation et disséminer les légionelles à la grandeur d'un édifice, comme ce fut le cas avec la Légion américaine en 1976.

SIGNES ET SYMPTÔMES La fièvre de Pontiac (forme non pulmonaire) est une affection aiguë d’une durée de 2 à 5 jours avec une guérison spontanée. L’incubation va de quelques heures à 48 heures. Les symptômes majeurs sont la fièvre, les frissons, les céphalées, la dégradation de l’état général et les douleurs musculaires (myalgies). Aucun décès n’est associé à ce type d’infection.

La maladie du légionnaire (légionellose pulmonaire) a une durée d’incubation moyenne de 2 à 10 jours. Initialement, les symptômes sont la fièvre, la perte d’appétit, les céphalées, la dégradation générale et la léthargie. Certains patients présentent également des douleurs musculaires, des diarrhées et une confusion. À ce tableau s’ajoute généralement une toux initiale bénigne et chez environ un tiers des patients, on observe des crachats contenant du sang. La gravité de la maladie est variable, de la toux à la pneumopathie sévère.

TRAITEMENT ET PRÉVENTION Heureusement, il existe des antibiotiques pouvant traiter avec succès cette infection, pourvue qu’elle soit diagnostiquée à temps. Non traitée, légionellose pulmonaire s’aggrave en général pendant la première semaine. Le taux de mortalité par légionellose est fonction de la gravité de la maladie, de l’adéquation du traitement antimicrobien initial, des conditions dans lesquelles Legionella a provoqué l’infection et des facteurs de l’hôte.

Il n’existe pas de vaccin contre la légionellose actuellement. Toutefois, d’autres mesures préventives peuvent être utilisées pour faire face à cette maladie. Il est possible de diminuer considérablement les risques d’infection en assurant un bon entretien des circuits et des installations d’eau. On citera par exemple le nettoyage et la désinfection à intervalles réguliers des systèmes de climatisation et d’humidification, le maintien d’une quantité suffisante de désinfectant comme le chlore dans les bains à remous et les piscines, le maintien de l’eau chaude à plus de 60°C et de l’eau froide en dessous de 20°C. Bien que non exhaustif, ces mesures permettent de diminuer considérablement les risques de contamination par les légionelles et d’éviter la survenue de cas sporadiques.

Source principale: OMS | Organisation mondiale de la Santé

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Patrick D. Paquette, microbiologiste, RMCCM Consultant en prévention des infections

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