La bactérie Enterococcus faecalis, une des 100 000 bactéries naturellement présentes dans notre flore intestinale, serait responsable d'inflammations chroniques de l'intestin. Cette bactérie lactique, également présente dans la charcuterie et les fromages fermentés, sécrète l'enzyme à l'origine de ces inflammations, la gélatinase. Par quels mécanismes cet enzyme provoque-t-il ces inflammations chroniques? C'est ce que l'équipe de Dirk Haller de la Chaire de biofonctionnalités des aliments de l'Université technique de Munich (Bavière) a découvert.

Une expérience menée sur un groupe de rongeurs (un groupe d'individus sains et un groupe d'individus génétiquement modifiés susceptibles de développer des inflammations intestinales), a donc permis de révéler l'action de l'enzyme gélatinase produit par E. faecalis sur la muqueuse intestinale.

Chez les individus sains, cette sécrétion n'a pas d'effet, tandis que chez les individus sensibles aux inflammations intestinales, l'enzyme s'attaque à la molécule e-Cadherine. Cette dernière agit normalement comme un ciment entre les cellules épithéliales de l'intestin, assurant ainsi l'intégrité tissulaire de l'intestin. Sous l'effet de E. faecalis, la paroi intestinale devient perméable aux agents pathogènes. L'inflammation est la réponse immunitaire à cette rupture de barrière et va à son tour participer à l'affaiblissement de la paroi intestinale.

De cette réaction, mais également d'autres causes encore plus complexes, naissent des maladies chroniques telles que la maladie de Crohn ou encore la colite ulcéreuse. Toutefois, les raisons pour lesquelles ces maladies apparaissent chez l'Homme restent encore obscures car elles peuvent également provenir des habitudes alimentaires ou encore d'un système immunitaire faible. Selon Haller, lors de la formation des inflammations intestinales chroniques, l'interaction entre les prédispositions génétiques et le milieu microbien intestinal du patient est décisive. E. faecalis pourrait donc aussi bien endiguer que favoriser la formation de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI).

En se basant sur les résultats de cette expérience, Dirk Haller souhaite soigner les victimes de MICI en collaboration avec Michael Schemann de la Chaire de biologie humaine, Bernard Küster de la Chaire de protéomique et bioanalytique et avec la Clinique "Rechts der Isar" de l'Université technique de Munich. Ils examineront les mécanismes des bactéries intestinales et des enzymes qu'elles produisent afin de trouver des traitements adéquats, plus particulièrement en développant de nouvelles méthodes pour entraver la production d'enzyme par E. faecalis.

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Source: bulletins-electroniques.com, 9 décembre 2011