Alors que la Grèce mène son combat ultime contre des mesures d’austérité économiques qui ont appauvri sa population depuis cinq ans, certains gouvernements comme celui du Québec s’entêtent à aller dans cette direction qui soulève l’opprobre populaire. La dernière en lice concernait la semaine dernière les Centres de la petite enfance (CPE) dont l’accessibilité allait être réduite par les coupes gouvernementales...

À en croire certains commentateurs cependant, l’État aurait raison de ne pas se «disperser» et de dépenser là-dedans. Le problème, c’est que si c’est le développement du cerveau des individus qui importe ici, ce qui devrait être le cas, les données scientifiques vont à l’encontre des dires de ces commentateurs…

Seulement deux exemples récents, parmi plusieurs autres. Une étude publiée ce printemps par l'Agence de la santé de Montréal concluait que les CPE, qui offrent des activités éducatives aux enfants, sont de loin supérieurs aux autres services de garde pour le développement de l’enfant. Et de tous les enfants qui les fréquentent, ce sont ceux des familles à faible revenu qui en bénéficient davantage, et d’autant plus qu’ils y sont arrivés tôt (avant l’âge de un an).

La fréquentation exclusive des CPE constitue donc pour les enfants issus de familles défavorisées un réel facteur de protection. Du côté des enfants issus de familles plus aisées, l’étude ne fait état d’aucune différence de développement entre le fait de fréquenter un CPE ou de rester à la maison où les enfants jouissent très souvent d’un environnement enrichi.

L’autre étude, qui vient d’être publiée en juin dans Psychological Science par un groupe de collaborateurs de l’université de Harvard, de Columbia et du MIT aux États-Unis, a une portée encore plus large. L’étude part du constat que la différence de réussite académique entre les étudiants en provenance de milieux économiquement favorisés et défavorisés ne cesse de croître. Ce qu’on a voulu voir dans cette étude, c’est si ces deux conditions s’accompagnaient de différences anatomiques dans le cerveau. Et la réponse est oui, ce qui vient appuyer de nombreuses autres études démontrant à quel point la pauvreté est néfaste pour le cerveau.

Les auteurs se sont intéressés à la structure générale du cortex cérébral qui constitue 80% du poids de notre cerveau et qui est impliqué dans nos fonctions dites «supérieures» comme le langage, la pensée, le raisonnement, etc. Le volume de la «matière grise» de ce cortex (là où sont les corps cellulaires des neurones) était significativement plus important chez les adolescents en provenance de milieux aisés et ayant de bons résultats à des tests de performance académique standards.

Certains paramètres comme le volume de «matière blanche» (les axones myélinisés des neurones) où la surface corticale totale ne différaient pas significativement. Mais d’autres paramètres comme l’épaisseur du cortex, donc encore reliés à l’importante matière grise (où l’on trouve aussi les ramifications dendritiques où se font les connexions neuronales), étaient significativement plus faibles chez les individus ayant grandi dans des conditions socio-économiques moins favorables.

Bref, non seulement la pauvreté est mentalement fatigante, comme l’avait déjà démontré une autre étude, mais elle affecte directement l’intégrité de l’objet le plus complexe de l’univers connu dont on hérite tous d’un précieux exemplaire. Par conséquent, si l’économie était véritablement au service des humains (et non d’un pourcentage infime de ceux-ci), on devrait s’empresser de tourner le dos à toutes mesures qui hypothèquent le potentiel de développement du fragile cerveau humain.

Les liens:

Le CPE supérieur aux autres services de garde, selon une étude i_lien Résultats de l’Enquête montréalaise sur l’expérience préscolaire des enfants de maternelle Neuroanatomical correlates of the income-achievement gap Neuroanatomical Correlates of the Income-Achievement Gap What Poverty Does to the Young Brain