En procédant à une analyse génétique, des chercheurs montréalais ont démontré que les interactions microbiennes aident les arbres à croissance rapide à dégrader les hydrocarbures pétroliers du sol.

Les terrains contaminés coûtent des millions à décontaminer avec les méthodes classiques telles les excavations. Québec a même récemment annoncé qu’elle versera 75 M$ à Montréal pour la réhabilitation de plusieurs terrains contaminés de son territoire d'ici 2022.

Une méthode alternative pour décontaminer les sols est la phytoremédiation. Cette technique utilise la capacité de certaines plantes ou arbres à immobiliser, dégrader ou accumuler les polluants accumulés dans le sol durant des décennies d’activité industrielle. Les racines servent en quelque sorte de pailles pour aspirer les contaminants. Une étude publiée dans la revue Microbiome démontre que c’est un peu plus complexe que cela.

Les saules sont des arbres à croissance rapide déjà connus et utilisés à Montréal pour décontaminer les sols en dégradant les hydrocarbures pétroliers. Une équipe de chercheurs experts en bio-informatique et en biologie végétale de l’Université McGill et de l’Université de Montréal ont analysé la génétique du microbiome racinaire des saules. Ils ont découvert que la capacité des saules à réhabiliter des sites contaminés repose sur des interactions complexes entre leurs racines, les champignons mycorhiziens et les bactéries du sol.

Dans un environnement contaminé par les hydrocarbures, les saules emmagasinent plus de sucre. Les champignons mycorhiziens s’en nourrissent. En échange, les champignons fournissent des nutriments aux bactéries. Pour leur bénéfice mutuel, les bactéries produisent des enzymes pour décomposer les polluants.

« Le plus étonnant dans cette recherche a été de constater que l’étude de la génétique des organismes vivants dans le sol a permis de brosser un tableau biologique plus précis. Ces résultats portent à croire que de telles interactions mutualistes complexes seraient la norme à l’extérieur des laboratoires », précise Emmanuel Gonzalez en communiqué de presse, auteur principal de l’étude et spécialiste en bio-informatique au Centre canadien de génomique computationnelle de l’Université McGill.

Ces observations ont été réalisées grâce à la métatranscriptomique, qui est une technique qui identifie les organismes et leurs interactions entre eux.

La phytoremédiation reste une solution de décontamination à long terme puisque les végétaux sont à l’œuvre de 5 à 10 ans au moins. En revanche, elle offre les avantages d’être écologique, économique et beaucoup moins gourmande en énergie fossile que les méthodes classiques.