Sans que personne ne s’en rende compte, deux articles écrits par un pionnier de la physique quantique ont disparu du journal dans lequel ils avaient été publiés dans les années 1940. Il aura fallu la vigilance d’historiens québécois pour rectifier la situation.
Le scientifique allemand Max Planck est l’une des figures importantes de la physique moderne. Il a même reçu le prix Nobel de physique en 1918 pour sa participation à l’élaboration de la théorie quantique. Cela n’a pas empêché la rétractation de deux de ses articles, a constaté avec surprise l’historien des sciences québécois Yves Gingras.
Dans un article paru en prépublication le 20 mai 2026, Gingras et son collaborateur, Mahdi Khelfaoui, racontent que c’est en fouillant une liste d’articles rétractés dont l’auteur est un prix Nobel sur le site Retraction Watch qu’ils ont fait cette étrange découverte. Les textes des deux articles publiés en 1940 et 1942 par Max Planck n’étaient ainsi plus accessibles sur le site de la maison d’édition Springer Nature. Les titres étaient accompagnés, pour toute explication, d’une vague mention de violation des droits d’auteurs.
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Une décision anachronique
Après enquête, Gingras et Khelfaoui ont découvert que l’article de 1942 avait été publié plusieurs fois entre 1941 et 1943. Cette pratique était courante à l’époque puisque l’objectif des scientifiques était de rejoindre un plus vaste public qui n’avait pas facilement accès aux articles scientifiques provenant de journaux étrangers.
Cette façon de faire largement acceptée dans les années 1940 ressemble toutefois à de l’autoplagiat pour les éditeurs d’aujourd’hui. En effet, depuis les années 1990, la productivité académique d’un chercheur est mesurée en grande partie par sa fréquence de publication, soulignent Gingras et Khelfaoui dans leur article. Dans un tel contexte, le fait de publier le même article à plusieurs reprises pourrait être contraire à l’éthique.
Pour ce qui est de l’article de 1940, ils ont noté qu’il s’agissait d’une réponse de Max Planck à un texte d’un autre scientifique. Autant ce texte que la réponse de Planck portent le même titre. C’est ce qui pourrait avoir donné l’impression qu’il y avait là aussi un problème de droits d’auteurs, remarquent les scientifiques québécois.
Dans leur article, Gingras et Khelfaoui blâment les maisons d’édition qui choisissent d’appliquer des normes contemporaines particulièrement sensibles aux enjeux de droits d’auteurs à des textes publiés dans un contexte historique complètement différent. Selon eux, il s’agit d’une décision arbitraire et anachronique.
À qui la faute?
En entrevue pour la revue Science, la rédactrice en chef de Science of Nature (à l’origine Naturwissenschaften), là où les articles de Planck avaient été publiés, a émis l’hypothèse qu’un algorithme ou un robot informatique (« bot » en anglais) pourrait être responsable du retrait des articles. En entrevue pour le blogue spécialisé en technologie Gizmodo, Ivan Oransky, le cofondateur de Retractation Watch, se montrait sceptique devant cette conclusion qu’il qualifiait de hâtive.
Dans une déclaration faite à Gizmodo, la maison d’édition Springer Nature mentionnait en effet que la rétractation des articles avait eu lieu en 2011. Selon Oransky, il serait donc surprenant que des robots informatiques soient en cause puisqu’ils étaient peu utilisés alors.
Springer Nature a d’ailleurs confirmé à Gizmodo que la rétractation des articles de Planck était plutôt due à une erreur humaine. L’histoire a toutefois une fin heureuse : le 6 juillet dernier, la maison d’édition a décidé de lever la rétractation, annonçait Retraction Watch le 7 juillet. Les deux articles de Max Planck sont à nouveau accessibles (ici et ici), et ce, grâce à la vigilance de deux historiens québécois.





