Et si on avait sous-estimé les impacts à venir des changements climatiques? Cette sous-estimation ne serait pas banale pour l’économie: 25 000 milliards de dollars de pertes économiques par année vers 2050, de quoi se traduire par une solide décroissance économique.
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L’avertissement provient d’un rapport réalisé au Royaume-Uni, conjointement par des chercheurs du programme Green Futures Solutions de l’Université d’Exeter et de l’Institute and Faculty of Actuaries, un organisme international d’aide à la formation des futurs actuaires. Leur prémisse est que les impacts des changements climatiques se font d’ores et déjà sentir, plus vite que ce qui avait été anticipé dans les décennies précédentes par les gouvernements et par le monde des affaires. L’indicateur le plus visible, rappellent ces chercheurs, est celui des températures moyennes, qui augmentent plus vite que prévu. Par conséquent, peut-on mettre des chiffres sur les impacts économiques les plus prévisibles?
Si on atteint dès les années 2050 le seuil des 2 degrés Celsius d’augmentation par rapport à l’époque pré-Révolution industrielle, un effondrement de la production agricole dans certaines régions de la planète est inévitable; il s’ensuivra des perturbations majeures dans les chaînes d’approvisionnement qui entraîneront de l’inflation. Des événements météorologiques extrêmes entraînant des inondations dans certaines régions et des feux de forêt dans d’autres, se produiront en nombre accru (c’est probablement déjà commencé), entraînant des déplacements de population et accroissant des problèmes de santé publique comme l’asthme ou les maladies infectieuses.
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Dans le passé, des économistes avaient aussi tenté d’estimer les coûts financiers mais ils partaient souvent d’un scénario du pire (comme un réchauffement atteignant les 5 degrés) et d’un horizon plus lointain (comme l’année 2100). En se fixant sur l’horizon 2050 et sur « seulement » 2 degrés, ces chercheurs veulent prévenir que « le risque d’inflation induite par le climat, de chocs financiers et de retrait des compagnies d’assurance des zones à risque élevé », est déjà à nos portes. Tout comme le scénario d’un « effondrement sociétal et économique en raison de la perte de systèmes naturels » dont nous dépendons.
Ils citent d’autres groupes qui les ont précédés sur cette voie, comme le Forum du risque financier climatique, au Royaume-Uni, qui suggérait en octobre dernier aux compagnies de considérer comme plausible un « choc » capable d’entraîner un contraction de 15 à 20% du PNB mondial sur cinq ans. Un an plus tôt, le Network for Greening the Financial System, formé en 2017 par des dirigeants de huit banques centrales, avait lui aussi estimé que l’atteinte du seuil des 2 degrés en 2050 pourrait se traduire par une réduction du PNB mondial de 25% —c’est ce rapport qui a été le premier à évoquer le chiffre de 25 000 milliards$ en pertes économiques par an.
Enfin, dans son dernier rapport de 2022, le Groupe d'experts des Nations unies sur le climat (GIEC) ajoutait que les conséquences économiques des changements climatiques augmenteront non-linéairement avec les températures : cela veut dire que, pour chaque fraction de degré supplémentaire, les risques pour l’économie seront décuplés.
Rappelons qu'au moment de la signature de l’Accord de Paris en 2015, les scientifiques anticipaient que le seuil de 1,5 degré serait atteint vers 2045. Or, ce seuil sera désormais dépassé vers 2030 : les méthodes de calcul pour déterminer le moment du « dépassement » varient, mais déjà, selon les plus récents chiffres du Service européen Copernicus, l’année 2025 aura été à 1,47 degré au-dessus de la moyenne pré-industrielle, tandis que 2024 était à 1,6 degré.





