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Les personnes itinérantes et celles avec des handicaps parviennent trop peu à se faire entendre lorsqu’il est question d’adaptation aux changements climatiques. Pourtant, elles sont parmi celles qui en souffrent le plus : des coupures de services dans les transports adaptés jusqu'au manque de haltes fraicheur.

« Trop souvent, les mesures d’adaptation, cela part du haut vers le bas », rappelle Marianne-Sarah Saulnier, de l’Observatoire québécois des inégalités. « Nous sommes moins à l’écoute des plus vulnérables car ils sont souvent difficiles à rejoindre – sans compter l’enjeu du manque de confiance envers les institutions », ajoute celle qui était aussi co-organisatrice du colloque « Vers une résilience climatique équitable, participative et transformatrice », lors du dernier congrès de l’Actas, en mai dernier. 

« Le réchauffement climatique, bien que grande menace, est balayé par le travail plus urgent dans la lutte aux inégalités : santé, revenu et logement», rappelle la chercheuse.

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Lors d’événements extrêmes comme des canicules ou des tempêtes de verglas, les obstacles concrets s’accumulent : des refuges d’urgence pas accessibles, les animaux d’assistance qui ne sont pas bienvenus ou les haltes fraicheur-chaleur peu adaptées aux différents types de handicaps. 

S’il y a, en plus, des pannes d’électricité, les personnes à mobilité réduite en pâtissent. « Elles ne peuvent plus recharger les fauteuils électriques, se retrouvent sans ascenseurs et sans équipements médicaux », résume Muriel Mac-Seing, professeure adjointe en santé mondiale à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Elle mène actuellement une étude qualitative, avec la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec, auprès d’experts de diverses thématiques (handicaps, santé publique, climat-environnement, sécurité civile) de trois régions: Montréal, Capitale-nationale et Gaspésie.

De nombreux plans et outils climatiques existent localement, mais comportent des angles morts qu’il serait possible d’éviter avec plus de concertation avec les personnes directement concernées.

« C’est un groupe vulnérable, peu vocal et peu visible, avec de multiples barrières pour se déplacer et se faire entendre », relève la Pre Mac-Seing.

Si en Gaspésie, la famille et l’entourage agissent encore comme un bon filet social, ce qui facilite l’aide en cas d’alerte, les premiers groupes de discussion montrent que de trouver une information claire et accessible reste compliqué, ce qui cause beaucoup d’anxiété chez les participants.

Malgré cela, « un guichet unique n’est souvent pas la solution, il faut penser les spécificités des régions, et aussi celles des individus », note l’experte.

Isolement à la hausse

Les changements climatiques exacerbent aussi le sentiment d’isolement. « Les personnes en situation de handicap vont le ressentir encore plus et les messages de santé publique ne les rejoignent souvent pas: peu clairs et peu accessibles», relève le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les droits de la personne, la santé et l’environnement à l’Université McGill, Sébastien Jodoin.

Au Canada, 49 % des adultes montrent de faibles compétences en littératie et un adulte sur cinq n’est pas capable de lire la posologie d’un médicament. « Adopter un langage clair pour parler des aléas climatiques, c’est la base », croit-il.

L’isolement est également un problème avec les itinérants. « Les avertissements peuvent bien annoncer que c’est dangereux dehors (canicule ou froid extrême), mais leur maison, c’est dehors! », rappelle la Pre Saulnier, de l’Observatoire québécois des inégalités. 

Elle a mené une recherche-action en collaboration avec des personnes itinérantes —des « pairs chercheurs » dont elle a rassemblé les témoignages d’adaptation aux transformations climatiques. Ces collaborateurs de la rue lui ont ainsi permis de revoir l’interprétation des résultats et de mieux cibler les défis.

Parmi ces défis, il y a clairement celui de la cohabitation sociale: le « pas dans ma cour ». « Cela prend un lieu sécuritaire, comme la bibliothèque ou les haltes chaleur et fraicheur », rapporte la chercheuse.

Il y a aussi l’urgence de mieux diffuser l’information sur les ressources et sur les actions concrètes. « Ils nous demandent des sacs à pain pour garder les choses au sec, des tapis contre l’humidité du sol, des moyens de sécher les vêtements », détaille-t-elle.

C’est en plus du fait que lors des inondations à répétition, la santé des personnes qui vivent dehors se dégrade. « Il y a plus de problèmes de peau, car beaucoup d’humidité vient avec une macération des plaies et des infections existantes. »

Quant à Sébastien Jodoin, il travaille plus spécifiquement avec des organismes de personnes handicapées sensorielles et physiques et avec ceux qui œuvrent auprès des personnes à déficience intellectuelle —de 1 à 3 % de la population québécoise.

Une recherche est actuellement co-construite avec un groupe de ces personnes de Saint-Eustache, afin d’élaborer une trousse de secours. « Ils ont vécu les récentes inondations et sont donc très mobilisés. Les discussions nous amènent à comprendre leurs vulnérabilités, mais aussi à montrer leur leadership et les solutions à généraliser », explique-t-il. 

Propulser l’équité climatique

Avec son équipe, Mme Saulnier a élaboré un guide de réponses aux changements climatiques à l’intention du milieu communautaire. Cette brochure recommande l’ajout de casiers dans divers endroits de la ville, de linge imperméable, des sécheuses mobiles ou encore des trousses de santé, avec certains médicaments sans ordonnance et des serviettes sanitaires.

« Souvent, ces serviettes sanitaires sont mises dans les chaussures pour isoler les pieds. Il y a aussi la nécessité de s’intéresser plus particulièrement aux conditions de vie des femmes, qui ne se sentent pas toujours en sécurité dans les haltes », rappelle la chercheuse.

Elle s’est intéressée aux différentes réponses de trois villes québécoises, Saint-Jérôme, Gatineau et Montréal. Alors que cette dernière détruit souvent les camps des itinérants et adopte une architecture municipale hostile aux sans-abris, la ville de Gatineau les déplace dans un stationnement avec des tentes cordées, le site Guertin.

« C’est une idée aux nombreux angles morts : le site subit de plein fouet les inondations et les grandes chaleurs, et on y gèle en hiver. Les feux se propagent entre les tentes et il n’y a pas eu de réflexion sur la cohabitation hommes-femmes », relève la chercheuse.

Tandis qu’à Saint-Jérôme, la municipalité, en collaboration avec le CISSS des Laurentides, a proposé un plan d’action. « Il a été plus réfléchi et propose une vision plus complète de la lutte à l’itinérance, en misant sur le logement et la réinsertion, mais aussi sur la sensibilisation de la population pour réduire la stigmatisation », relève Mme Saulnier, dont le rapport sera publié au printemps 2027.

Il reste aussi à mieux communiquer en général sur les aléas climatiques. « C’est un réel enjeu. Cela va bénéficier à plein de monde. Ça constitue une occasion pour revenir à la base et bâtir une société plus solidaire », relève la Pre Mac-Seing.

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