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Voilà plus de 60 ans qu’on vante les mérites de la vitamine C pour prévenir et traiter les rhumes. Pourtant, la prise régulière de suppléments d’acide ascorbique semble peu efficace, constate à nouveau le Détecteur de rumeurs.


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Origine de la rumeur

Dans un premier texte écrit sur le sujet, en 2017, nous avons retracé l'origine de la rumeur: un conseil santé popularisé par le chimiste américain Linus Pauling, qui avait auparavant remporté un prix Nobel dans son domaine en 1954, en plus de gagner un Nobel de la paix en 1962. Son livre Vitamin C and the Common Cold  (La vitamine C et le rhume), paru en 1970, avait fait de la vitamine C un remède populaire contre le rhume.

Dans ce livre, Pauling recommandait de prendre 1000 mg de vitamine C par jour, et même davantage, pour prévenir le rhume. C’est 11 fois la dose journalière recommandée. Il ira lui-même jusqu’à prendre 18 000 mg par jour, soit 200 fois la dose recommandée de 90 mg pour les hommes.

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Le livre de Pauling connaît un immense succès. Vers le milieu des années 1970, plus de 50 millions d’Américains suivent ses recommandations et les ventes de vitamine C quadruplent aux États-Unis. Les pharmaciens et les manufacturiers se félicitent de ce qu’ils appellent « L’effet Linus Pauling », mais les scientifiques ne sont pas si enthousiastes. De nombreuses études menées en double aveugle démontrent que la vitamine C n’a pas plus de valeur qu’un placebo pour combattre le rhume. Pauling refuse d’y croire et va même jusqu’à affirmer que des doses élevées de vitamine C prises au quotidien peuvent guérir le cancer. Une autre allégation qui n’a pas été démontrée par la science.   

Pauling était-il atteint de « Nobelite » un symptôme qui semble pousser certains lauréats à adopter des théories étranges et non scientifiques dans les années qui suivent l’attribution de ce prestigieux prix ? Toujours est-il que l’entêtement de Linus Pauling lui a fait perdre le respect de la communauté scientifique, jusqu’à sa mort, en 1994, des suites d’un cancer.

Autant d'épisodes de rhume

Mais qu’en est-il aujourd'hui de la recherche sur la vitamine C et la prévention du rhume ? Une revue systématique, ou synthèse d’études, publiée en 2013 par le groupe Cochrane,  s’est intéressée aux résultats de 29 essais cliniques sur le sujet, effectués auprès de plus de 11 000 participants. Elle a démontré que la vitamine C prise sur une base régulière n’est pas efficace pour prévenir le rhume dans la population générale. En d’autres mots, on attrape autant de rhumes, que l’on prenne ou non de la vitamine C quotidiennement.

Et augmenter la dose n’y change rien : le résultat est le même lorsqu’on ne retient que les essais utilisant 1000 mg ou plus par jour.

Quant à l’idée de prendre de la vitamine C dès les premiers symptômes, les quelques essais qui ont testé cette approche n’ont montré aucun effet constant, ni sur la durée ni sur la sévérité du rhume.

Des rhumes à peine moins longs 

Les résultats de cette analyse de 2013 montrent que la prise régulière de suppléments de vitamine C diminuerait légèrement la durée du rhume, soit de 8 % en moyenne chez les adultes et de 14 % en moyenne chez les enfants.

Cette diminution semble significative, mais il faut la mettre en perspective. On estime qu’un adulte connaît 2 ou 3 épisodes de rhume par an, pour une moyenne de 12 jours par année. Prendre 1 gramme de vitamine C tous les jours réduirait donc le nombre moyen à 11 jours par an. Suivant ce même calcul, un enfant serait malade 24 jours en moyenne par an au lieu de 28 jours. D’un point de vue pratique, il semble donc peu raisonnable d’ingérer des mégadoses de vitamine C tout au long de l’année si les seuls effets bénéfiques sont de réduire chaque épisode de rhume d’à peine quelques heures

Des rhumes moins sévères?

Par ailleurs, cette revue systématique conclut que la prise de vitamine C ne diminuerait pas la sévérité des symptômes de manière significative. En d’autres termes, on ne se sent pas moins malade.

Depuis la parution du premier texte du Détecteur de rumeurs sur cette question, une nouvelle revue systématique a été publiée en 2023 dans la revue BMC Public Health, par les deux mêmes chercheurs que la revue Cochrane. Elle analysait les données de dix essais cliniques randomisés contrôlés (c’est-à-dire comparés à des groupes qui n’ont reçu qu’un placebo) portant sur l’effet de la vitamine C sur l’intensité et la durée des rhumes. Ces essais regroupaient des participants en bonne santé (adultes, enfants et athlètes) qui avaient consommé régulièrement au moins 1000 mg par jour de vitamine C, et non pas seulement au début d’un épisode de rhume. 

Résultat : les personnes qui prenaient quotidiennement des suppléments de vitamine C présentaient une réduction de 15 % de la sévérité du rhume (mesurée notamment par les jours passés à la maison ou d’absence à l’école), comparativement au groupe placebo. En revanche, la vitamine C ne réduisait pas la durée des symptômes légers.

En d’autres mots, si on applique ce pourcentage à un rhume dont les symptômes sévères durent trois jours, la vitamine C les raccourcirait d’environ 11 heures. Et pour une phase aiguë de 24 heures, d’environ trois heures et demie.

Les chercheurs reconnaissent eux-mêmes qu’il semble peu pratique de prendre 1000 mg par jour de vitamine C pour diminuer modestement la sévérité de quelques épisodes de rhumes par année.

Verdict

Il n’y a toujours rien qui démontre que la vitamine C prise au quotidien réduirait le risque d’attraper un rhume. Ni qu’en prendre dès l’apparition des premiers symptômes en diminuerait la sévérité et la durée. Certaines données indiquent qu’elle pourrait réduire très modestement la durée des symptômes sévères (concrètement, quelques heures par épisode), à condition d’en prendre régulièrement avant de tomber malade, ce qui semble peu pratique, selon l’avis même des chercheurs. 

 

Une première version de ce texte est parue en 2017. Les informations ci-dessus ont été mises à jour.

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