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Depuis une dizaine d’années, des personnes font un lien entre le stérilet Mirena et la dépression. Y a-t-il lieu de s’inquiéter de cette méthode de contraception? Le Détecteur de rumeurs effectue une mise à jour de l’état des connaissances.


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Faits à retenir
- Les effets secondaires sont connus, mais peu fréquents
- En raison de la polémique, plusieurs études ont été menées depuis 10 ans
- La dépression étant un trouble multifactoriel, établir une responsabilité est complexe
 

L’origine de la polémique

En mars 2017, le groupe Facebook Victimes du stérilet hormonal Mirena est créé en France pour regrouper les témoignages de nombreuses femmes décrivant les effets secondaires liés à son utilisation. Quelques mois plus tard, l’étude du chercheur néerlandais Steven A. Kushner enflamme le débat naissant : les auteurs avancent que l’hormone principale du Mirena, le lévonorgestrel, affecterait le cerveau, ce qui pourrait expliquer plusieurs effets indésirables allégués, comme les sautes d’humeur, l’irritabilité, l’anxiété et l’état dépressif.

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D’autres études avaient par ailleurs déjà incriminé le stérilet. En 2009, une équipe britannique avait révélé que 60 % des femmes au Royaume-Uni se faisaient enlever leur stérilet Mirena, notamment à cause de saignements entre les périodes menstruelles (« spotting ») et de douleurs abdominales. Les auteurs avancent aussi que les effets secondaires du Mirena ne se feraient pas juste sentir au niveau de l’utérus, mais s’étendraient à tout l’organisme. Une étude faite au Danemark en 2016 a établi de plus que les femmes utilisant un stérilet augmentent leur risque relatif de souffrir de dépression.

Des risques connus

Les stérilets contenant du lévonorgestrel sont généralement considérés comme l’une des méthodes de contraception les plus efficaces et les plus sécuritaires. La page officielle du stérilet Mirena mentionne que ce contraceptif a une efficacité supérieure à 99 % pour prévenir les grossesses.

Plusieurs études scientifiques relèvent d’ailleurs un haut taux de satisfaction envers le Mirena. L’une d’elles, menée en 2011 auprès de 5000 participantes de 14 à 20 ans, révèle que 88 % sont satisfaites. Plus récemment, en 2022, une équipe incluant des employés de la compagnie Bayer qui fabrique le stérilet Mirena, a évalué l’efficacité et la sécurité de leur produit chez 223 femmes qui l’utilisaient depuis 8 ans. La quasi-totalité (99 %) se disait satisfaite.

Les effets secondaires du stérilet hormonal sont, de plus, bien connus, même s’ils sont peu fréquents. Dans le Protocole de contraception du Québec mis à jour en 2024 par l’Institut national de santé publique (INSPQ), on peut lire que des effets indésirables comme l’acné, les troubles de l’humeur, la prise de poids et les douleurs mammaires, surviennent chez moins de 10 % des utilisatrices. De plus, dans la monographie du stérilet Mirena disponible sur le site de Santé Canada, on peut lire que l’humeur dépressive et la dépression font partie des effets secondaires fréquents.

En fait, dans les études cliniques réalisées pour évaluer la sécurité de Mirena, 6,4 % des utilisatrices avaient rapporté des symptômes d’humeur dépressive ou de dépression, peut-on lire dans le document d’information rédigé par Bayer.

De nouvelles études depuis 10 ans

En raison de la polémique, plusieurs études indépendantes du fabricant ont été menées dans les 10 dernières années pour mieux comprendre les impacts des stérilets hormonaux sur la santé mentale. Les résultats sont toutefois contradictoires.

En 2018, des chercheurs de l’Ohio ont réalisé une analyse de 26 études portant sur le sujet. Ils ont conclu qu’il n’y avait pas suffisamment de données pour appuyer une association entre la dépression et l’utilisation d’un stérilet hormonal. 

Au contraire, une revue systématique publiée en 2023 a analysé 22 études et est arrivée à la conclusion que plusieurs d’entre elles rapportaient une association entre l’utilisation d’un stérilet hormonal et divers symptômes psychiatriques. En effet, 10 de ces études ont remarqué une augmentation des symptômes dépressifs, une a observé une augmentation de l’anxiété et une autre a constaté un plus grand risque de suicide. 

Enfin, une étude parue en 2024 et menée auprès de 703 000 Suédoises a noté pour sa part une augmentation de 57% du risque de dépression chez celles qui avaient un stérilet hormonal.

Un trouble multifactoriel

Il faut toutefois être prudent avant de tirer des conclusions. Les auteurs de la revue systématique de 2023 soulignaient entre autres que la dépression est un trouble multifactoriel. Les effets des contraceptifs hormonaux ne sont donc qu’un facteur parmi d’autres. 

D’ailleurs, selon le Protocole de contraception du Québec, les faibles associations trouvées entre le stérilet hormonal et les troubles de l’humeur peuvent être attribuées à d’autres facteurs.

Plusieurs choses influencent en effet l’apparition de symptômes dépressifs, mentionnaient les auteurs de la revue systématique. C’est le cas des  problèmes de santé mentale antérieurs, des relations sexuelles ou d’événements tels que des traumatismes. C’est ce qui pourrait expliquer que les résultats, d’une étude à l’autre, soient contradictoires.

Par ailleurs, il est difficile de mesurer les symptômes dépressifs objectivement. Par exemple, une étude menée en France en 2019 a démontré que la fréquence à laquelle les utilisatrices rapportaient des effets sur l’humeur a augmenté après la couverture médiatique des effets secondaires du stérilet Mirena.

Corrélation ou causalité?

La majorité des études qui se sont intéressées aux effets du stérilet hormonal sont des études dites d’observations. Il s’agit là d’un type d’étude qui, contrairement aux études contrôlées randomisées (celles qui utilisent deux groupes pour comparer les effets d’un traitement), ne permettent généralement pas d’établir un lien de cause à effet. 

En 2023, une étude réalisée en France auprès de plus de 90 000 femmes a observé une faible association entre l’utilisation d’un stérilet hormonal et la prise d’antidépresseurs. Toutefois, cette association était présente, peu importe la dose d’hormone contenue dans le stérilet. Selon les chercheurs, cela pourrait signifier que ce ne sont pas les hormones qui causent les symptômes dépressifs.

Cependant, une étude menée au Danemark en 2024 est arrivée à la conclusion contraire. L’analyse de 46 565 femmes qui utilisaient un stérilet hormonal pour la première fois a révélé que le risque d’avoir recours à des antidépresseurs était plus élevé avec les stérilets contenant 52 mg de lévonorgestrel qu’avec les stérilets qui en contenaient seulement 3,5 mg ou 19 mg. Selon les chercheurs, leurs résultats pourraient appuyer la possibilité d’un lien de cause à effet.

Des contre-indications

Quant aux études sur la sécurité du stérilet Mirena citées par le fabricant, elles ont révélé que certaines utilisatrices pourraient être plus vulnérables que d’autres aux effets secondaires. Par exemple, les femmes qui ont des antécédents de dépression pourraient voir leur dépression s’aggraver, écrit-on dans la monographie du stérilet Mirena.

Les auteurs de la revue systématique de 2023 recommandaient d’ailleurs aux professionnels de la santé de réaliser une évaluation psychiatrique avant d’installer un stérilet hormonal. Le médecin traitant devrait également avoir une discussion sur la dépression et les idées suicidaires avec les femmes qui choisissent de l’utiliser.

Enfin, selon la monographie du produit, « en cas de dépression grave, il faut envisager le retrait de Mirena, car la dépression peut être liée au médicament ».

Verdict

Plusieurs études ont observé une association entre le stérilet hormonal et les troubles de l’humeur. Les données disponibles ne permettent toutefois pas de conclure à un lien de cause à effet. Les femmes, plus particulièrement celles qui ont des antécédents de dépression, devraient discuter avec leur médecin pour déterminer si ce produit est adéquat dans leur situation.

 

Une première version de ce texte, rédigée par la journaliste Nathalie Kinnard, est parue en 2018. Toutes les informations ci-dessus ont été mises à jour.

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