Bizarrement, c’était en effet cette semaine, le 21 octobre, qu’avait lieu la cérémonie d’inauguration officielle, en présence du président suisse et du premier ministre français (parce que le LHC, ou Large Hadron Collider, est situé sous la frontière franco-suisse). Un événement doublement bizarre, puisque le LHC est toujours au repos, après être tombé en panne le 19 septembre, neuf jours après son « lancement ».
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Étaient également présents des ministres de 20 pays, puisque ce projet est l’un des plus gros projets de collaboration internationale de l’histoire des sciences (en bonne compagnie avec ces autres géants que furent le projet génome humain et la station spatiale).
Le LHC est l’aboutissement de 20 années de travail et sa construction, à elle seule, a coûté près de 6 milliards de dollars, auxquels il faut ajouter quelques milliards pour l’entretien et les expériences des prochaines années. C’est là le genre de « big science » dont plusieurs disaient, avant même son démarrage, qu’il serait peut-être le dernier de sa race avant longtemps... et ils doivent être encore plus nombreux à le dire depuis qu’a commencé une certaine crise financière.
Mais la cérémonie aurait évidemment eu une autre saveur si les protons avaient poursuivi leurs collisions dans le tunnel de 27 kilomètres. Les ingénieurs expliquent que c’est un « problème de connection électrique entre deux aimants » qui est à l’origine d’une fuite d’hélium, le 19 septembre, laquelle a obligé à tout arrêter (on parle ici d’élecro-aimants géants, pas de ceux que vous placez sur le frigidaire). Ce n’est pas avant mars ou avril 2009 que les jets de protons, à des vitesses proches de celle de la lumière, pourront reprendre, tant la remise en marche d’un tel monstre demande du temps : après avoir inspecté toute la partie du tunnel endommagée, il faudra abaisser la température jusqu’à un niveau jamais atteint dans de telles expériences —à peine 2 degrés au-dessus du zéro absolu de l’Univers— une opération qui, à elle seule, prend des semaines.
L’accident n’avait rien de dangereux —absolument rien à voir avec les récits apocalyptiques de trous noirs. Mais c’était manifestement un de ces cas où même les concepteurs sous-estiment la puissance des chocs auxquels sera soumise leur machine.
L’objectif ultime du LHC est de recréer, à travers ces collisions de protons, des conditions qui prévalaient pendant la première micro-fraction de seconde après le Big Bang, et ainsi ouvrir une fenêtre sur un monde de particules plus petites que l’atome qui nous est encore largement inconnu. Boson de Higgs, asymétrie, anti-matière, énergie nucléaire faible... En attendant ces vedettes de l’infiniment petit, les invités du 21 octobre ont dû se contenter de... gastronomie moléculaire.





