Réalisé par Danny Boyle (Trainspotting, 28 jours plus tard), Les derniers feux du Soleil offre une distribution de choix, notamment avec Cilian Murphy, Rose Byrne et Michelle Yeoh. Malheureusement, ils ne s'en tirent pas tous également, cette dernière étant sous-utilisée. On pourrait penser qu'avec autant de talent, Boyle aurait pu réaliser une oeuvre substantielle mais le résultat est loin des attentes.
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Déjà, le film était précédé d'une mauvaise réputation car certains scientifiques britanniques l'avait pris à parti pour la mauvaise science qu'il contenait. En effet, il n'est pas du tout plausible, en tout cas dans les cinquante ans, puisque l'action est censée se dérouler en 2057, que l'humanité puisse développer un mécanisme suffisamment puissant pour influencer la fournaise nucléaire d'une étoile. (L'explication au déclin du Soleil ne se trouve pas dans la version française du film, que j'ai vu, mais on la trouvera plutôt dans cet article qui détaille la contribution de Brian Cox, un chercheur du Large Hadron Collider, au scénario du film). C'est bien un trope hollywoodien que la fin du monde puisse être évitée par une bombe. Comme si on pouvait tout régler par une explosion !
Mentionnons que Sunshine ne pèche pas par originalité. Un autre film, Solar Crisis , datant de 1990, offre un scénario semblable : les scientifiques ont prévu qu'une éruption solaire se produira sous peu et carbonisera la Terre, un vaisseau spatial en donc envoyé vers le Soleil afin d'y faire exploser une super-bombe censée provoquer prématurément l'éruption, et épargner ainsi la Terre. Le vaisseau renferme bien entendu un saboteur qui tentera d'empêcher la mission. Le personnage le plus intéressant du film, par ailleurs assez mauvais, malgré une distribution comportant des vedettes hollywoodiennes telles que Charlon Heston, demeure Freddy, la bombe parlante, dotée d'une intelligence artificielle !.
Pour en revenir à l'oeuvre de Danny Boyle, même les écrivains britanniques de science-fiction s'étaient mis de la partie pour critiquer la façon dont on utilisait le genre dans ce film. Présenté comme un film de science-fiction, Les derniers feux du Soleil se termine en mauvais slasher movie, destiné à un public d'ados adeptes de Freddy Krueger.
Et pourtant le spectacle s'annonçait grandiose avec, comme introduction, l'image éblouissante et magnifique du Soleil et celle du bouclier thermique de l'Icarus II, le gigantesque vaisseau spatial transportant un cargo nucléaire de la taille de l'île de Manhattan. Quelques moments magiques laissent appréhender le film que Sunshine aurait pu être lorsque, par exemple, l'équipage se réunit sur la passerelle d'observation pour regarder le passage de Mercure devant le Soleil. Ce sont ces instants de grandeur cosmique, de véritable sense of wonder , présents dans de trop peu nombreux films de science-fiction qui permettent à la science de briller et de comprendre pourquoi les scientifiques s'acharnent à comprendre les mystères de l'univers. Malheureusement, Sunshine refuse de s'avancer sur ce territoire pour plutôt revenir marcher sur les sentiers battus et conventionnels du film de tueur psychopathe.
Bien que Sunshine ait été réalisé en Angleterre, c'est un pur produit hollywoodien, qui marie les genres, seulement pour mieux en ignorer les spécificités et en tuer toute originalité. En voulant suivre les formules toutes faites (une mission vitale, un équipage en danger, un tueur monstrueux), Boyle veut copier le succès d'Alien mais ne reproduit que l'échec lamentable d'un Supernova ou, pire encore, d'un Event Horizon . Pourquoi vouloir doubler un bon film d'anticipation par un médiocre film d'horreur de série B ? C'est pourtant ce qui se produit dans la plupart des films populaires de science-fiction. Mais ce n'est pas en mariant 2001 avec Alien que l'on fait un film deux fois meilleur. C'est tout le contraire !
Boyle est d'autant plus coupable qu'il semble bien connaître le cinéma de science-fiction. Le film contient d'ailleurs plusieurs séquences qui rappellent volontairement Alien (par exemple, autour de la table de cuisine) ou 2001 (avec la sortie par le sas sans scaphandre, ou même à la fin du film, dans un parc où se trouvent des monolithes !). Malgré ces hommages cinématographiques, Boyle semble moins préoccupé par la majesté du voyage spatial et les mystères du cosmos que par les improbables défaillances psychologiques de ses personnages. De plus, le scénario comprend des réflexions intéressantes sur la religion, mais qui finissent en terrorisme contemporain plutôt qu'en mysticisme solaire, mettant en conflit l'athéisme de l'un contre le fondamentalisme de l'autre. Tous les ingrédients sont pourtant là pour fabriquer un bon divertissement mais ils ne sont pas exploités de manière compétente ou simplement convaincante.
Tout cela est bien dommage car, en définitive, c'est la science, dans la science-fiction, qui y perd le plus.
Notons que contrairement au cinéma, les écrivains de science-fiction ont traité de la mort du Soleil avec infiniment plus de succès. Par exemple, Spin (2005) de Robert Charles Wilson examine l'attitude de l'humanité, pris dans un phénomène temporel, face à un cosmos vieillissant et à un Soleil qui atteint la fin de sa vie. L'ouvrage a d'ailleurs remporté le prix Hugo (2006) et est disponible depuis peu en version française.
Non, Les derniers rayons du Soleil ne sont pas brillants.





