Nos chers Canadiens de Montréal ont gagné hier soir la série les opposant aux Sabres de Buffalo et on est bien content ! Sauf que je viens de regarder l’horaire des parties à venir contre leurs nouveaux adversaires en demi-finale, et il y en a un le mercredi 27 mai… le même soir que le dernier club de lecture de mon livre Notre cerveau à tous les niveaux prévu au Sans-Taverne ce soir-là ! ;-/ Considérant l’engouement collectif pour cette série (et ses racines anthropolitiques profondes en tant que rituel guerrier ancestral à la sauce contemporaine, voir là-dessus ce billet de Christophe Darmangeat dont je vous avais parlé il y a trois semaines), je me vois mal tenter de lui faire compétition. C’est pourquoi l’on va faire notre club la veille, soit le mardi 26 mai, au lieu du 27. Passez donc le mot aux personnes qui seraient moins « branchées » sur ce blogue ou les réseaux sociaux, et l’on se voir mardi prochain à 19h au bar Les Sans-Taverne du Bâtiment 7 (1900 rue le Ber, à Montréal), toujours dans le cadre convivial de l’UPop Montréal. Et comme je l’ai expliqué la semaine dernière, deux grands sujets seront abordés dans ce dernier club de lecture qui boucle la boucle de notre grande aventure : la question du « soi », de qui nous sommes finalement, ce dont j’avais parlé la semaine dernière; et la question du « libre arbitre » qui en découle inévitablement en se demandant Quel est donc ce « soi » qui, en plus, se dit libre ? C’est de cette ultime question dont j’aimerais aujourd’hui vous donner un bref aperçu.
On distinguera d’abord ce qu’on pourrait appeler la « liberté politique », c’est-à-dire des forces sociales extérieures contraignent nos choix de vie. Dépendamment du hasard de votre naissance, vous vous retrouvez quelque part sur un gradient entre le fascisme ou la dictature militaire et la démocratie libérale. Où l’on imagine moins de contrainte vers ce second pôle, quoi que certains pourraient arguer avec raison qu’il s’agit davantage de la « longueur de notre laisse » et que l’État, peu importe sa forme, limite toujours grandement nos libertés individuelles… Et voilà le débat déjà parti !
On va ensuite aborder la question du caractère intrinsèque (ou pas) du libre arbitre, à savoir si, nonobstant le niveau de contraintes politiques qui pèsent sur nous, à quel degré pouvons-nous considérer nos décisions comme étant libres (et idéalement éclairées…). Pour ce faire, je vais y aller en évoquant d’abord des positions radicalement déterministes, c’est-à-dire qui nie que nous ayant un tant soit peu de liberté. Dis comme ça, ça peut avoir l’air pas mal rebutant, mais quand on suit le raisonnement d’un Henri Laborit, d’un Robert Sapolsky, ou de nombre de neurobiologistes contemporains, on se rend compte que c’est loin d’être sans fondement comme position.
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Car comme le dit par exemple Laborit :
« Pour agir, il faut être motivé et nous savons que cette motivation, le plus souvent inconsciente, résulte soit d’une pulsion endogène [biologique, physiologique…], soit d’un automatisme acquis [classe sociale, médias, publicité, etc.] »
Comment Laborit explique-t-il alors cette sensation de liberté que nous ressentons ?
« La sensation fallacieuse de liberté s’explique du fait que ce qui conditionne notre action est généralement du domaine de l’inconscient, [au sens de tous nos apprentissages implicites dont on a parlé à notre 4e rencontre ] et que par contre le discours logique est, lui, du domaine du conscient. [ rationalisations langagières a posteriori dont on a parlé à notre 10e rencontre ] C’est ce discours, logique et conscient qui nous permet de croire au libre choix. »
Des réactions ? Vous n’êtes pas convaincu ? Pas de problème, je vous réserve alors pour le cours le raisonnement de Robert Sapolsky et les arguments dévastateurs pour le libre arbitre de son livre « Dertermined. A Science of Mind Without Free Will » que j’ai déjà présenté dans ce blogue (2023).
Mais quand même, dirons certains, même si on peut être convaincu par ces arguments, pourquoi on le ressent si fort ce sentiment d’être un agent libre à l’origine de nos actes ? Sans doute à cause du sentiment de responsabilité que ça génère en même temps, répondront des spécialistes des sciences cognitives comme Michael Gazzaniga, auteur de « Who’s in Charge ? Free Will and the Science of the Brain », dont j’avais aussi parlé dans ce blogue (2011).
C’est l’idée qu’on est une espèce extrêmement sociale et que sans cesse, notre cerveau tente de percer les intentions des autres pour pouvoir agir en conséquence. Or si on passe son temps à essayer de se déresponsabiliser en disant des choses comme « j’étais hors de moi » ou « j’ai été émotif, je n’étais pas moi-même », ça ne crée pas de très bons liens sociaux…
Pour Gazzaniga, le libre arbitre et la responsabilité individuelle découlent de ces règles sociales qui émergent quand plusieurs cerveaux interagissent les uns avec les autres. Et pour lui, une espèce comme la nôtre, où les individus sont extrêmement interdépendants, n’aurait pas pu évoluer sans ce sentiment que chacun est un agent libre et responsable de ses actes… Autrement dit, malgré tous nos déterminismes biologiques et ceux issus de notre histoire de vie, socialement, on semble condamné à « faire comme si » l’on était libre.
D’accord ? Pas d’accord ? Le goût d’en jaser ? Cet ultime club de lecture de « Notre cerveau à tous les niveaux » sera l’endroit idéal pour vous exprimer sur cette toujours fascinante question… Mardi le 26 mai à 19h au Sans-Taverne (et non plus le 27) !





