Pour colorer votre prochain souper, lancez la question à tout hasard. «Les femmes sont-elles réellement capables de faire plusieurs choses en même temps?» Vous pourrez toujours servir au dessert la dernière livraison du magazine American Scientific Mind sur la question pour calmer les ardeurs. Autant sous le capot de Monsieur comme celui de Madame, le cerveau est incapable de réaliser efficacement plus de deux tâches en même temps.

Ce qui se passe en mode multitâche, c’est que le cerveau opère selon la devise diviser pour régner. Le cortex préfrontal, le siège de la prise de décisions notamment, divise alors ses capacités également pour accomplir deux tâches complexes. Rajoutez-en une troisième à mener de front et le cerveau devient saturé. Ce sont les conclusions des travaux d’Étienne Koechlin et Sylvain Charron, chercheurs et neuroscientifiques attachés à l’INSERM. Les résultats ont été publiés le 15 avril 2010 dans la très prestigieuse revue Science.

Deux tâches, c’est bien. Mais trois, c’est n’importe quoi!

Les spécialistes appuient leurs conclusions sur une petite cohorte de 16 hommes et 16 femmes. On leur avait demandé de reconnaître deux lettres tirées au hasard du mot «TABLET» en majuscules et en minuscules. Ensuite, les participants devaient indiquer à la fois si les lettres apparaissaient dans le bon ordre et les faire correspondre au mot «TABLET» écrit en majuscule ou en minuscule.

Quand les neuroscientifiques ont demandé à 16 autres participants d’y rajouter l’identification de la couleur aux deux exercices demandés, ils négligeaient carrément un des exercices la majorité du temps. Pire, ils ont multiplié les erreurs par trois, en comparaison de ceux de l’exercice précédent.

Des superhéros de la multitâche existent

Le psychologue américain Daniel Broadbent a mesuré la capacité du cerveau à accomplir plusieurs tâches complexes en même temps. Pour y arriver, il a accompagné des pilotes d’avion durant la 2e Grande Guerre.

Résultat: le cerveau d’un pilote traite un nombre limité d’informations. Nos capacités d’attention sont restreintes au nombre de tâches à accomplir. Les conclusions font toujours école en neurosciences contemporaines, affirment les professeurs David Strayer et Jason Watson, psychologues à l’Université de l’Utah et auteurs. Il suffit d’observer un conducteur parler au téléphone dans sa voiture pour valider la théorie.

À la relecture des résultats, les chercheurs ont cerné des sujets qui sortaient des normes statistiques. Ceux-ci étaient capables de jongler avec plusieurs opérations en mêmes temps avec une efficacité pareille à toutes les tâches. Dans un test, on avait demandé aux participants de conduire une voiture et de parler au cellulaire en même temps. 19 cas sur 700 ont gardé le même niveau de performance à faire les deux simultanément. Ces surdoués du toutes-tâches-à-la-fois ont montré une activité neuronale fort différente du groupe contrôle. Pour ce dernier, l’intensité de l’effort cognitif augmentait en fonction des difficultés des gestes à poser. En revanche, les supermultitâches ont semblé ménager leur énergie. Un peu comme les marathoniens qui ajustent le niveau d’effort à déployer pour rester en vie jusqu’au 42e kilomètre, ils ont même pu en diminuer l’intensité face aux tâches complexes, en restant très efficace à les accomplir.

Ces capacités augmentées chez certains individus seraient le fruit d’une adaptation évolutive récente, croient les Prs Strayer et Watsons. Les chefs cuisiniers, pilotes d’avion, certains quarts-arrière étoiles dans les ligues professionnelles, les champions aux jeux vidéo et les urgentologues en seraient des candidats tout désignés.

Notre univers 2.0 conditionne plus que jamais les comportements multitâches. Bonne nouvelle, certains en seront plus favorisés que d’autres. Hommes et femmes également!

Hommes et femmes confondus!