L’école est-elle un business? C’est la question qu’a posée Gabriel Nadeau-Dubois aux étudiants du Collège Montmorency qui assistaient à sa conférence dans le cadre de la Quinzaine des sciences.

Selon lui, il s’agit d’une transformation qui s’opère lentement depuis quelques années. «L’école ne doit pas devenir un business, mais cette conception gagne du terrain. Elle doit d’abord demeurer un lieu où l’on forme les citoyens de demain», avertit Gabriel Nadeau-Dubois.

Cette définition du rôle du système d’éducation au Québec est apparue suite à la publication du rapport Parent dans les années 1960.

«Ce rapport proposait un compromis à la fois humaniste et utilitariste. D’un côté, l’éducation devait devenir accessible à tous pour transmettre culture et esprit critique. De l’autre, l’éducation devait permettre de sortir les ouvriers de la misère et d’en faire des salariés consommateurs, pour le bien de l’économie. Les cégeps ont d’ailleurs été créés dans cet esprit», explique le candidat à la maîtrise en sociologie à l’UQAM.

Mais, ce compromis semble s’éroder ces dernières années. Pourquoi?

Premièrement, la mondialisation fait en sorte que les pays développés doivent compter maintenant sur une économie du savoir, qui repose donc beaucoup plus sur l’éducation, car on a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée. «L’éducation supérieure apparaît comme une priorité économique et l’on voit beaucoup de pressions du secteur privé pour coller formation et apprentissage», laisse entendre l’ex-leader étudiant.

Deuxièmement, la montée du néolibéralisme, qui stipule que l’augmentation du bien-être collectif ne peut passer que par une maximisation des libertés entrepreneuriales de chacun, résulte en l’utilisation de l’éducation pour stimuler l’économie. «Voilà pourquoi on voit apparaître des cours d’entrepreneuriat au primaire», ajoute Gabriel Nadeau-Dubois.

Subir ou réagir

Un étudiant présent à la conférence a fait remarquer que malgré la manifestation étudiante de 2012, le gouvernement est déjà redevenu majoritairement libéral suite à un court règne péquiste. «Sommes-nous condamnés à subir le néolibéralisme?» a-t-il demandé.

«Rien ne se produit à l’issue d’une seule manifestation. Certaines idées doivent faire leur bout de chemin dans la société. Cependant, soyez assurés que l’histoire du “self-made-man” est un mythe, je l’ai appris en 2012. C’est en travaillant collectivement qu’on peut avoir un impact sur le monde qui nous entoure», lance Gabriel Nadeau-Dubois.

Par Marie-Eve Cloutier – Agence Science-Presse